Réfugiés dans un théâtre pour échapper aux bruits assourdissants du monde, les deux clowns, Ludor Citrik et Le Pollu, espèrent retrouver du calme et de la sérénité. Là encore, il est difficile de faire abstraction du grondement venant de l’extérieur. Alors ils vont éprouver tous les sons. Entretien avec Cédric Paga, Ludor Citrik, clown philosophe et irrévérencieux, avant les deux représentations d’Ouïe, le sens du son, mercredi 9 et jeudi 10 mars au Drakkar à Neuville-lès-Dieppe avec DSN.
Depuis combien de temps vous intéressez-vous aux sons ?
La question des possibilités d’écoute me taraude depuis longtemps. L’écoute est un sens d’imprégnation. Or nous nous intéressons davantage au spectaculaire. Avec l’écoute, il n’y a rien de spectaculaire. J’ai lu beaucoup d’ouvrages d’acousticiens et j’ai appris que le silence était en train de disparaître. Il reste seulement 50 sanctuaires où il n’y a aucun bruit humain pendant 20 minutes. Cela m’a amené à me demander ce qu’est le silence. Nous sommes en permanence sollicités. Le problème avec l’oreille : quand on s’attache à une écoute, le bruit peut devenir insupportable, même horrible.
Quels sont les bruits que vous supportez difficilement ?
Il y a le bruit d’une perceuse, du marteau-piqueur et de l’horloge de ma grand-mère. C’est un peu le bruit de la goutte d’eau qui tombe. Je n’aime pas le bruit des voitures, tous ceux dans un restaurant. Il suffit que la musique soit un peu forte pour que les gens se mettent à parler plus fort. On arrive à un niveau sonore très élevé dans un endroit qui se veut convivial. Là, je suis dans un endroit où on entend les oiseaux.
Quels sont les bruits du monde dont vous parlez dans Ouïe, le sens du son ?
Tous les médias parlent en même temps, donnent de nombreuses informations. Tous s’accordent pour créer le bruit récurrent d’une même chose. Cette sollicitation vient se mettre entre nous et le monde. Or le clown a besoin de ce rapport immédiat, primitif avec le monde.
Cela vous donne le vertige.
C’est incroyable. Oui, cela donne le vertige d’entendre tous ces bruits en même temps. Le silence a aussi ses conséquences. Au Japon, ils ont construit des logements insonorisés où on n’entend rien. Ils ont constaté ensuite que le taux de suicide avait fortement augmenté. J’ai fait l’expérience de rester dans un caisson d’isolation phonique. Là, on entend les bruits du corps, de tout le système veineux, du cœur… Il y a aussi moyen d’être inquiet.
Qu’aimez-vous pendant les moments de silence ?
Dans le silence, il y a une écoute active. On se tait et on écoute. On écoute les sons qui s’offrent à vous.
Les clowns sont rarement des personnes silencieuses.
Les clowns sont extrêmement bruyants. Quand ils font du bruit, ils gênent les autres, pas eux.
Quand il y a trop de bruit, est-ce que le théâtre est le meilleur refuge ?
Oui, c’est un refuge où tous les deux essaient de vivre. Le théâtre est cet endroit incroyable où on peut créer des mondes à partir de son imaginaire. Pour moi, c’était révolutionnaire d’avoir un lieu dédié à cela. Quand j’ai découvert cela, j’avais la tête pleine et l’envie de créer des forces de résistance. Dans le spectacle, les deux clowns font des expériences qu’ils partagent avec des gens.
Infos pratiques
- Mercredi 9 et jeudi 10 mars à 20 heures au Drakkar à Neuville-lès-Dieppe
- Durée : 1h20
- Tarifs : de 23 à 10 €
- Réservation au 02 35 82 04 43 ou sur www.dsn.asso.fr