Quelle est l’affiche la plus réussie des candidats aux élections municipales de Rouen (Seine-Maritime) ? (©JBM/76actu)
Odile Ambry est une experte en conseil et stratégie de communication. Elle organise depuis 20 ans à l’échelle internationale des sessions de coaching, de media training et d’innovation à destination des directions de communication, des élus et des dirigeants.
Elle a accepté de décrypter pour 76actu les affiches des candidats aux élections municipales de Rouen (Seine-Maritime). Il est important de souligner qu’Odile Ambry est basée à Paris, elle ne connaît donc pas les candidats rouennais.
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Des budgets différents
« Avant toute chose, il est important de préciser que les candidats n’ont pas tous les mêmes budgets pour réaliser leur affiche, avance la professionnelle. C’est important de le rappeler pour apprécier la critique. »
Face aux dix affiches, Odile Ambry distingue d’abord deux styles : les affiches collectives, caractéristiques de la gauche et de l’extrême gauche. Et les affiches solitaires pour les candidats du centre, de la droite et de l’extrême droite. « Cependant, nous pouvons remarquer que même au sein de la gauche, la tendance est à l’individualisation », dit-elle.
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Jean-Louis Louvel, l’affiche réussie
Pour Odile Aubry, l’affiche de Jean-Louis Louvel est la plus réussie. (©JBM/76actu)
Selon cette experte en stratégie et communication, parmi les dix candidats, l’affiche de Jean-Louis Louvel (candidat soutenu par LR, le Modem et LaREM) est la meilleure. « La lecture d’une affiche, qui démarre en haut à gauche et se termine en bas à droite, est respectée, souligne-t-elle. Les couleurs sont bien harmonisées, avec deux verts complémentaires qui rappellent ses yeux… Il y a eu du boulot sur cette affiche. La photo et le détourage sont également très bien réalisés. »
Jean-Louis Louvel est le seul candidat à poser seul, sans image de Rouen derrière. « L’ancrage local est considéré comme une évidence par ce candidat, analyse Odile Ambry. C’est un homme qui a de l’ambition et qui l’affiche. »
Pour l’experte en stratégie de communication, afficher Rouen en toile de fond n’est d’ailleurs pas utile :
Les électeurs savent bien qu’ils votent à Rouen et qu’ils sont à Rouen, pas besoin de le rappeler.
Le fait que Jean-Louis Louvel ne porte pas de cravate est également un signe, selon cette experte. « Contrairement aux autres politiques qui portent toujours la cravate, il veut dire qu’il est ancré dans le réel. Il veut signifier : ‘Je ne suis pas un homme politique classique, je suis différent.’ »
Enfin, « la place des soutiens affichés en petit en bas démontre que ce n’est pas le plus important, mais bien l’homme, Jean-Louis Louvel ». Pour Odile Ambry, « c’est une affiche très épurée avec une vraie réflexion stratégique. C’est une affiche de vainqueur, qui a dû coûter cher ».
Le Parti Animaliste, « sans ancrage local »
Une affiche nationale, sans ancrage local, selon Odile Ambry. (©JBM/76actu)
Pour cette affiche du Parti Animaliste, de la liste menée par Pierre-Alexandre Guesdon, Odile Ambry estime qu’elle est « sans ancrage local ». « Un écureuil dans une forêt pour une ville urbaine comme Rouen, au bord d’un fleuve, je ne vois pas du tout le lien. À la campagne, oui. Mais en ville ? C’est un choix très étonnant. J’aurais plutôt mis un chien ou un chat… Mais cela doit être une affiche nationale, sans lien avec Rouen. »
Guillaume Pennelle, l’extrême droite institutionnelle
Guillaume Pennelle, le candidat du Rassemblement National à Rouen. (©JBM/76actu)
« Cette affiche montre un candidat ancré dans la ville, avec en toile de fond la mairie, un bâtiment emblématique », décrit Odile Ambry. Contrairement à d’autres candidats, Guillaume Pennelle affiche pleinement son appartenance au Rassemblement National et le soutien que lui apporte Marine Le Pen.
« C’est un candidat seul avec un nom. Un candidat costard-cravatte-lunettes, très sérieux, avec une image très propre, très institutionnelle. Cette affiche n’est pas loin des autres affiches des candidats de la droite. Cela traduit une institutionnalisation politique du Rassemblement National », analyse-t-elle.
Jean-François Bures, l’homme seul
Jean-François Bures mise tout sur son nom. (©JBM/76actu)
« Tout est dans son nom, écrit en énorme caractère en bas de l’affiche, remarque Odile Ambry. Ce candidat ne joue que sur son nom. Il doit être très connu à Rouen ou alors il parie que tout le monde le reconnaîtra. »
Cette affiche, avec un fond flouté du Gros horloge, « que tous les touristes et les Rouennais reconnaîtront », ne dit qu’une chose pour la professionnelle : « C’est moi, Jean-François Bures, vous me connaissez, votez pour moi. »
Marine Caron, une affiche difficile à lire
Le graphisme de l’affiche de Marine Caron n’est pas du goût d’Odile Ambry. (©JBM/76actu)
Si Odile Ambry veut rendre hommage à la seule femme qui se présente à Rouen, elle n’hésite pas à critiquer son affiche, qui ne « dit pas grand chose ». « Le slogan ‘Respirer-vivre, s’épanouir’ ne dit rien et cette pose devant la grue jaune, avec le contraste rouge de sa veste, ce n’est pas d’une élégance folle… »
Si l’experte en stratégie et communication ne connaît pas Rouen pour comprendre ce que représente pour les habitants cette grue accolée à la salle de concerts le 106, elle estime qu’une pose devant un restaurant du bord de la Seine ou encore devant des personnes qui font un footing le long de la Seine auraient été plus judicieux. « La grue, ça fait vraiment travailleuse dans le BTP… »
Enfin, le cadre qui coupe les bras et les mains de la candidate en bas de l’affiche, « freine son dynamisme ». « Ce pavé bleu graphique qui la recouvre n’est franchement pas génial. »
Trop de couleurs pour l’affiche de La France Insoumise
L’affiche de Lionel Descamps a trop de couleurs, selon Odile Ambry. (©JBM/76actu)
« Il faut savoir que pour une affiche, il ne faut pas utiliser plus de trois couleurs pour la cohérence, explique Odile Ambry. Sur celle-ci, il y a donc trop de couleurs différentes. »
Par ailleurs, elle estime qu’« il y a trop de choses en bas et trop de vide en haut ». Pour le reste, l’experte en stratégie et communication estime que « cette affiche est un classique de La France Insoumise » : « Tout est dans le symbole ».
Le collectif, lui, est en bas. Une affiche qui renforce l’appréciation d’Odile Ambry citée plus haut, « même à gauche, la tendance est à l’individualisation ».
Une affiche classique d’Europe Écologie-Les Verts
La couleur arc-en-ciel de « Rouen », un clin d’oeil LGBT ? (©JBM/76actu)
« Un fond très blanc qui pète et du vert, un grand classique Europe Écologie-Les Verts », souligne Odile Ambry. Elle remarque les couleurs arc-en-ciel sur le nom de la ville de Rouen, « certainement un subliminal appel LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres) ».
Cette affiche se classe parmi les affiches collectives de la gauche, avec une parité sans faille. « Cependant, on voit encore un nom en gros. Aujourd’hui, la politique, à gauche comme à droite, c’est vraiment un nom. On vote pour quelqu’un. » Enfin, les soutiens situés tout en bas « ne sont pas très visibles ». « Cela a dû être durement négocié », imagine Odile Ambry.
Le NPA, l’affiche ringarde ?
Le Nouveau Parti Anticapitaliste est la seule « affiche programme ». (©JBM/76)
« Le Nouveau Parti Anticapitaliste est le seul à proposer une ‘affiche programme’, quelque chose qui ne se fait plus depuis très longtemps », souligne Odile Ambry. Par ailleurs, elle remarque une volonté de faire entrer le spectateur « dans Rouen en lutte ». « Il y a vraiment un côté « manifestation » dans cette affiche. »
Nicolas Mayer-Rossignol veut faire « djeunes »
Selon l’experte en communication, l’affiche de la liste Fiers de Rouen est un peu brouillonne. (©JBM/76actu)
Pour Odile Ambry, cette affiche est « brouillonne ». « Il y a trop de slogans, trop de hashtags, de pictogrammes… Et puis le grand ‘R’ de Rouen en filigrane ne sert à rien. Trop de messages tuent le message. »
Elle ne comprend pas bien l’importance d’ajouter les pictogrammes des réseaux sociaux. « Il doit pourtant faire partie des plus jeunes candidats. Il n’a pas besoin de faire ‘djeunes’ ou ‘rigolo’. » Enfin, la position du candidat, un peu en bas à gauche est « bizarre », « on le place normalement plutôt vers le haut ou au milieu… »
Lutte Ouvrière, les mêmes affiches depuis… 50 ans !
Lutte Ouvrière ne fait pas dans la surprise. (©JBM/76actu)
« On peut dire que Lutte Ouvrière, ce sont les rois de la cohérence, sourit Odile Ambry. Cela fait 50 ans qu’ils font les mêmes affiches avec des photos pas du tout travaillées, style photomaton, un très léger sourire aux lèvres. Le tout sans fioriture. »
Ils utilisent toujours « le même code couleur, le même slogan »… « Où que vous soyez en France, vous les reconnaîtrez… »