Répondre aux besoins des entreprises en créant des formations adaptées à la demande pourrait permettre au Havre (Seine-Maritime) de voir son taux de chômage baisser « d’ici deux à trois ans ». (©M-B/76actu)
Le manque de formations et un bassin d’emploi trop centré sur l’industrie ont longtemps été les raisons évoquées pour expliquer le fort taux de chômage au Havre (Seine-Maritime). Qu’en est-il aujourd’hui ? Si comme partout en Normandie, le nombre de personnes sans emploi a légèrement chuté dans la cité Océane, reste que la ville est toujours dans la région celle la plus touchée avec 10,5 % de taux de chômage annoncé en juillet 2019, (8,4 % en moyenne Normandie en janvier 2020).
Et pourtant, le monde de la formation a considérablement bougé. À l’occasion du salon de l’apprentissage et de l’alternance qui s’est déroulé au Havre jeudi 5 mars, 76actu a rencontré les responsables de la formation de la CCI Seine Estuaire, mais aussi un centre de formation havrais et des entreprises du secteur pour évoquer le sujet. Éléments de réponses.
La @cciseinestuaire propose au #Havre aujourd'hui le salon de l'apprentissage et de l'alternance. pic.twitter.com/idb2hUO0O5
— Bouchard Murielle (@mubouchard14) March 5, 2020
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« Au Havre, il y a du travail dans tous les secteurs »
Marc Bénard, élu de la CCI Seine Estuaire, référent pour la formation et Francine Feret, en charge des projets liés à l’emploi, la formation et l’apprentissage dressent le même constat : « Au Havre, il y a du travail dans tous les secteurs : industrie, commerce, transports… »
Tous les secteurs embauchent sur Le Havre, sur notre portail emploi estuaire, on a en moyenne 850 offres, on est monté à plus de 2 000. La reprise économique est là au Havre, comme ailleurs en France, ajoute Francine Feret.
Alors comment expliquer les derniers chiffres du chômage qui placent encore une fois la cité Océane comme le mauvais élève de la région ?
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La formation « un peu moins » coupable
« Encore aujourd’hui, les entreprises n’arrivent pas à avoir les profils des candidats qu’ils recherchent. Il n’y a pas qu’un seul facteur qui explique le taux de chômage mais effectivement, au Havre, le fait que les formations et donc les compétences des gens ne soient pas en adéquation avec ce qu’ils recherchent est encore un frein à une baisse du chômage », explique Francine Feret.
Marc Bénard est positif : « Le Havre s’est longtemps centré sur un bassin d’emploi industriel et portuaire pour lequel le niveau de qualification nécessaire pour travailler n’était pas très élevé. Sont venues se greffer les avancées de la technologie, les modifications des marchés, les évolutions des attentes des clients des entreprises qui ont beaucoup évolué et donc ce décalage entre la formation des gens et les recherches des entreprises. On a beaucoup travaillé pour changer cela. Aujourd’hui, c’est un peu moins vrai de dire que la manque de formation explique ce fort taux de chômage. »
Le Havre exporte son savoir et bénéficie de nouvelles formations
Les centres de formations se sont eux aussi remis en question depuis peu. Issu du regroupement des structures de formation des CCI Caen Normandie, Seine Estuaire et Portes de Normandie, le groupe Aden formations s’est mis en place le 1er janvier 2020 regroupant dix sites géographiques. Pour Sabine Engrand, responsable au Havre, « l’idée est de mettre en commun toutes nos formations, nous en avons 350 à proposer aujourd’hui. Le Havre a par exemple apporté à Caen notamment ses formations sur les transports logistiques et le secteur maritime. À la rentrée, c’est une nouvelle formation architecture et design déjà en place à Caen qui sera proposée, ici, au Havre ».
« Être apprenti n’est plus un gros mot aujourd’hui »
Redresser la barre lorsqu’un gros retard a été pris n’est pas simple. « C’est long, c’est vrai, une fois que le problème a été identifié, il a fallut mettre en place de nouvelles formations répondant mieux aux attentes des entreprises et ça… c’est tout récent. »
La réforme de la formation professionnelle qui date de l’an passé a bien aidé : « On constate déjà un nouveau regard sur la formation, l’alternance. L’apprentissage était une voie de garage réservée aux filières techniques et technologiques. Aujourd’hui, ce n’est plus un gros mot d’être apprenti », constate Marc Benard qui voit d’un bon œil se développer les formations professionnelles allant du CAP au Bac +5 dans la cité Océane.
Le bout du tunnel dans deux à trois ans ?
Pour lui et Francine Feret les dispositifs récents pour permettre aux formations d’être en adéquation avec la demande des entreprises verront leurs premiers résultats sur les chiffres du chômage « dans deux ou trois ans, on peut l’espérer. On sait que d’ici septembre de nombreuses nouvelles formations vont être proposées pour répondre même ponctuellement à un besoin des entreprises, de nouveaux centres vont même ouvrir, il faut au minimum compter deux ans de formation ». Ça ne réglera pas tout le problème du chômage, « mais on peut espérer que cela le diminue de façon importante », conclut Marc Bénard qui pointe également le manque de mobilité, d’accès à l’information, « d’employabilité » de certaines personnes à la recherche d’un emploi.
Selon ce dernier, « si nous sommes positifs, reste que les entreprises, elles, aiment la stabilité, il ne faut pas que les mesures d’accompagnement annoncées pour répondre à leurs besoins ne s’installent pas dans la durée, sinon elles rebrousseront chemin ».
Former à de multiples métiers pour garder au sein de l’entreprise
L’unité de formation d’apprentis liés aux métiers du bâtiment va ouvrir en septembre 2020 à Yvetot. « Dans le bâtiment, nous souffrons déjà d’un manque de main d’œuvre et nous savons que nous allons avoir de nombreux salariés qui vont partir en retraite. Notre idée est simple : nous allier pour former des personnes de 15 à 29 ans à tous les métiers via notamment des formateurs issus de nos entreprises. » L’entreprise Gueudry du Trait explique ainsi : « Nous voulons à la fois permettre aux jeunes de se former à plusieurs métiers pour ne pas se cantonner à une compétence, mais aussi évidemment les garder ensuite dans nos entreprises. »