Des entreprises spécialisées dans l’événementiel notent une importante baisse du chiffre d’affaires liée au coronavirus. (©Illustration Adobe Stock)
Annulations en cascade, baisse du chiffre d’affaires, commandes inexistantes… Les entreprises dans le secteur de l’événementiel font grise mine à Rouen (Seine-Maritime), en raison du coronavirus. Elles pointent des pertes financières pouvant aller de 60 000 à 80 000 €, en l’espace de quelques jours.
Afin d’enrayer l’épidémie, l’État a pris la décision en date du 29 février, d’annuler les événements réunissant plus de 5 000 personnes en espace clos, et depuis dimanche 8 mars les rassemblements de plus de 1 000 personnes. Ce même jour, Santé Publique France comptabilisait 1 126 cas de contamination ainsi que 19 décès.
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Dans une agence : aucune commande jusqu’à fin mars
« C’est la psychose, tout le monde annule tout, tout le monde a peur ! Les gens ne veulent pas prendre de risques, donc tout s’annule partout, sans compter que le gouvernement vient d’annoncer la limite de 1 000 personnes. Les petites manifestations vont aussi être impactées », lance un brin exaspéré et soucieux, Patrick Marais, dirigeant de LM Communication, entreprise événementielle de 25 salariés, basée à Saint-Etienne-du-Rouvray.
Cela fait 27 ans que je possède l’entreprise et c’est la première fois que j’observe une situation comme celle-là, lance Patrick Marais.
Car depuis lundi 2 mars, les annulations de commandes pleuvent. « Tout s’est joué en 48 heures, avec 60 % d’annulations concentrées en deux jours », note-t-il. Et les conséquences sur le chiffre d’affaires ne se font pas attendre, avec des pertes estimées de son côté, « jusqu’à 60 000 euros ».
Même constat pour Pascal Bovin, à la tête de Scorpion, agence événementielle et audiovisuelle, qui emploie six salariés : « On se retrouve sans commandes jusqu’à fin mars. Le chiffre d’affaires que l’entreprise devait produire ce mois-ci est anéanti en une semaine. Cela représente entre 60 à 80 000 euros. C’est une perte énorme. » Mais la « partie invisible », tout aussi importante, est aussi à prendre en considération, selon François Coudert, de l’agence Fas Events, « avec toutes les commandes qui ne vont pas tomber dans les jours voire les semaines à venir ».
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Chômage technique, demandes des intermittents du spectacle…
À ce rythme, certaines entreprises pourraient même avoir recours au chômage partiel : « Je n’espère pas fermer l’entreprise mais je vois le chômage technique arriver gros comme une maison ! » lance Patrick Marais. Dans cette situation, le télétravail ne serait-il pas le moyen le plus adapté afin de maintenir l’activité ?
Cela ne peut pas s’adapter à tous les métiers de l’entreprise, comme pour mon équipe technique qui fait des préparations et gère le matériel. Je devrais alors mettre les salariés au chômage partiel, explique le dirigeant de Scorpion.
Le dirigeant pousse aussi au passage, un « véritable cri d’alarme » pour les intermittents du spectacle à la peine, les artistes et techniciens qui se retrouvent sans travail, « en danger et sous tension ». Cela concernerait près de 300 000 emplois en France.
Des « mesures de soutien » au cas par cas
Au regard de la situation et parce qu’il considère le coronavirus comme étant « un cas de force majeur », l’État a mis en place des « mesures de soutien au cas par cas [pour les] entreprises qui rencontreraient des difficultés sérieuses », avec un référent de la DIRECCTE dans chaque région.
Lors d’une interview accordée à France Inter, lundi 9 mars, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, a affirmé prendre conscience des difficultés rencontrées par les entreprises spécialisées dans l’événementiel :
Je sais que c’est un des secteurs les plus touchés. Nous sommes prêts à aider en trésorerie, en activité partielle et en demandant à toutes les entreprises qui devaient vous régler votre prestation à faire preuve de solidarité et à la régler quand même.
Les mesures avancées, comme le report de la TVA ou des charges sociales, restent pourtant insuffisantes aux yeux de Pascal Boivin, qui ne sait si l’épidémie sera encore d’actualité au mois d’avril. Dans ce cas, « la trésorerie ne nous permettra pas lorsque l’activité reprendra, de pouvoir compenser ce manque et de répondre à nos obligations de charges ».
Avec @murielpenicaud et @AgnesRunacher, nous faisons un nouveau point avec les acteurs économiques sur l'impact du coronavirus sur l'activité des entreprises. #COVID2019 pic.twitter.com/VODZZyktVG
— Bruno Le Maire (@BrunoLeMaire) March 9, 2020
Mais le ministre ajoute que « la seule chose qui nous guide avec le président de la République et le Premier ministre est la sécurité sanitaire des Français. On ne joue pas avec et on prend toutes les mesures nécessaires ».