Au Havre, les acteurs du monde de la culture interpellent les candidats aux municipales

Au Havre, les acteurs du monde de la culture interpellent les candidats aux municipales

Au Havre, les acteurs culturels se mobilisent et interpellent les candidats aux Municipales sur leur politique culturelle.

Au Havre, les acteurs culturels se mobilisent et interpellent les candidats aux municipales sur leur politique culturelle. (©Archives/76actu.)

Au Havre (Seine-Maritime), les acteurs culturels sont inquiets et alertent les candidats aux municipales « parce que le manque d’interlocuteurs et de contenu ont petit à petit effacé l’idée que nous nous faisons d’une politique culturelle au service d’une population ».

Dans une lettre ouverte, les 58 signataires demandent aux prétendants à la mairie de décliner leur projet de politique culturelle. Quel budget ? Quels projets ? 

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58 signataires

Ils sont directeurs de salles, comédiens, artistes-plasticiens… Les 58 signataires de la lettre ouverte adressée aux candidats aux municipales ne cachent pas leurs inquiétudes, en raison de la disparition « depuis quelques années déjà des dynamiques culturelles présentes dans notre ville ».

Le flou s’est installé. Ce qui manque, c’est une vision culturelle globale. Tout cela n’est pas une question d’argent, c’est une question de vision. Tous les signataires ont relevé la même chose : il y a une incompréhension totale de la façon dont fonctionne le secteur culturel. Cela n’aide pas à avoir des échanges de confiance et à communiquer, explique Franck Testaert, directeur du Tetris.

Isabelle Requier et la Compagnie SDF adhèrent à la démarche : « Cela m’a paru important de me joindre aux autres compagnies. Tout est dit dans la lettre. On veut rappeler aux politiques qu’il ne faut pas oublier la culture, car c’est un pilier important dans notre société. »

Une politique culturelle invisible

Manque de dialogue, de réflexion sur les enjeux et les réalités de la culture… Les signataires de la lettre attendent des élus affirmant leurs convictions et leurs choix. Quelle politique culturelle pour Le Havre ? Quels objectifs ? Quelle place joueront les acteurs de la vie culturelle havraise dans la ville de demain ?

Pour nous tous, c’est compliqué, poursuit Franck Testaert, qui constate un dysfonctionnement général. Il y a une invisibilité de la politique culturelle locale et une méconnaissance du milieu. Or, le secteur de la culture pèse plus lourd que le secteur économique. On a perdu ce lien avec notre ville, ce lien qui nous permettait d’avancer ensemble sur un projet de société.

Parce que « la culture est indissociable de la démocratie, peut-être encore plus aujourd’hui qu’hier, c’est le moment d’en parler », insistent les signataires, qui, à quelques semaines des municipales, se mobilisent.

Une campagne, c’est toujours un moment formidable et l’occasion de débattre de choix de société. Si la campagne s’est installée tardivement au Havre, moi, ce qui m’a inquiété, c’est que la culture n’est pas spécifiquement un sujet traité. Dans la 14e ville de France, il est nécessaire que les candidats intègrent la culture comme un vrai investissement, indique Jean-François Driant, directeur du Volcan.

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Quelle attractivité ? Quelles manifestations ?

Les acteurs culturels se déclarent mobilisés : « Il n’y a pas de fatalité, pas de défaitisme, pas de mauvaise humeur ressassée, mais l’envie furieuse (…) et indispensable d’un rebond et d’une ambition renouvelée pour notre ville et sa place en France, en Europe et au-delà. »

Parce que la culture est un enjeu de société, les signataires ont décidé de se fédérer pour donner une meilleure visibilité à leur combat :

On est loin d’être tous d’accord. Par exemple, pour ma part, je ne rentre pas dans le débat sur Un été au Havre. Je trouve ça super que ça existe, mais une question se pose : que fait-on le reste de l’année ? On ne vit pas au Havre uniquement l’été. Que se passe-t-il le reste de l’année ? Comment travaille-t-on à l’attractivité du territoire ? On a envie de continuer à travailler et on a besoin d’être soutenu, souligne Franck Testaert.

Pour Jean-François Driant, Le Havre est une ville où « la culture est extrêmement vivante ». Un atout qu’il faut valoriser.

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Une démarche collective

Structures culturelles (CEM, Le Phare, Le Tetris, Le Volcan, Théâtre des Bains Douches), associations (Les Ancres noires, Les Amarts, Helios), artistes (Jean-Philippe Gomez, Roger Legrand, Laura Kopf) s’associent, privilégiant une démarche collective.

Nous souhaitons ardemment qu’au sortir des élections prochaines nous abandonnions ensemble les inquiétudes pour nous concentrer sur les mobilisations. Celles qui remettront la Ville du Havre dans le concert des villes qui placent la culture au centre de leurs responsabilités politiques, celles qui marquent le fronton des hôtels de ville : Liberté, Égalité, Fraternité.

Les signataires attendent que le dialogue avec les acteurs du monde culturel s’instaure.

Il faut rediscuter ensemble des enjeux de la culture, de sa place dans nos sociétés. À qui sert-on ? Comment les politiques nous voient-ils ? Autant de questions qui appellent des réponses. Pour moi, la culture est apolitique. Tout le monde se l’est approprié. On n’est pas dans des réflexions partisanes, mais dans une démarche de construction, insiste Franck Testaert.

Isabelle Requier de rappeler qu’il est essentiel que les politiques n’oublient pas la culture : « Il y aura toujours d’autres priorités, mais on ne peut faire sans la culture et les artistes. » Ce que confirme Jean-François Driant : « Ce n’est pas possible de faire sans la culture. Cette lettre ouverte est l’occasion de poser des questions aux élus et de leur donner le temps d’y répondre. Puis, l’écrit, ça reste. »

Les élus ont la parole

Pour l’instant, seuls trois candidats se sont manifestés auprès des signataires. « Jean-Paul Lecoq est venu nous rencontrer en début de semaine et nous a également envoyé un courrier. Il se déclare prêt à travailler conjointement avec les acteurs culturels et les citoyens sur ce sujet. Il proposera des États généraux de la culture. Frédéric Groussard, du RN, et Nathalie Cauchois, pour LO, nous ont adressé des réponses écrites. En décembre, nous avions rencontré le maire et son équipe, puis, début février, Édouard Philippe », précise Franck Testaert.

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Le Rassemblement National privilégiera « une culture nationale et régionale, mettant en avant notre histoire, nos coutumes. Aucun clientélisme culturel ne sera financé », souligne Frédéric Groussard. Pour Magali Cauchois, les enjeux de la culture ne sont pas du ressort d’une politique municipale :

Au Havre, comme ailleurs, la politique culturelle, c’est l’affiche publicitaire de la municipalité. Mais qu’en est-il des quartiers excentrés, des familles modestes ? Ce n’est pas une élection qui réglera ce problème, ce sont de puissants mouvements où les travailleurs relèveront la tête et imposeront de prendre sur les profits pour obtenir le droit à une vie digne.

Via cette lettre ouverte, la culture s’invite… enfin… dans la campagne.

76actu

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