REPORTAGE. À Rouen, ces bénévoles recensent pour la première fois les sans-abri

REPORTAGE. À Rouen, ces bénévoles recensent pour la première fois les sans-abri

La première édition de la Nuit de la Solidarité a été organisée à Rouen, dans la soirée du mercredi 4 mars 2020.

La première édition de la Nuit de la solidarité a été organisée à Rouen, dans la soirée du mercredi 4 mars 2020. (©Manon Leterq/76actu)

C’était une première pour la ville de Rouen (Seine-Maritime). Mercredi 4 mars 2020, la première Nuit de la Solidarité, véritable maraude géante, a réuni près de 360 participants afin de recenser les sans-abri. Ce comptage doit permettre « d’avoir des données objectives sur la situation » afin d’apporter une réponse plus adaptée aux besoins, pour les associations et les pouvoirs publics.

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Parmi les 360 participants : une moitié de citoyens

Le lieu de rendez-vous a été donné en début de soirée vers 19 heures, à la Halle aux Toiles de Rouen, pour donner les consignes nécessaires, constituer les équipes, indiquer les secteurs à quadriller et se ravitailler avant le top départ, fixé aux alentours de 21h30.

Le secteur a été quadrillé par chaque équipe, ici celle d'Amandine Allain, mercredi 4 mars 2020.

Le secteur a été quadrillé par chaque équipe, ici celle d’Amandine Allain, mercredi 4 mars 2020. (©ML/76actu)

Pour Franck Renaudin, qui a piloté l’événement, ce grand rendez-vous a été, de par le nombre de personnes mobilisées, une « grande réussite ». Parmi les 360 personnes inscrites, les organisateurs ont dénombré un grand nombre de bénévoles, des douze associations partenaires, mais aussi une autre moitié, issue de la société civile : 

La moitié des personnes ne s’est pas revendiquée d’une association spécialisée. On sent pour beaucoup de participants qu’ils ont voulu s’engager, mais qu’ils n’ont jamais su comment le faire. Ce soir, on leur donne l’occasion de le faire, se satisfait Franck Renaudin. 

Chaque équipe, constituée de quatre à cinq personnes, avec à la tête un bénévole rôdé aux maraudes, a en charge un secteur de la ville, sur la rive gauche ou rive droite. Les participants ont dû enfiler un gilet ou un brassard blanc afin d’être facilement identifiable dans la rue. Cinq équipes spécialisées ont aussi été composées pour gérer spécifiquement les maraudes dans les parkings, ces endroits privilégiés par quelques sans-abri pour se réfugier la nuit.

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« Ce n’est pas évident, car il ne faut pas froisser les personnes »

Amandine, bénévole pour la Croix-Rouge française depuis 2017, habituée de l’exercice, a sous sa responsabilité une team de quatre participants, pour couvrir le secteur cathédrale et une partie de la rue du Gros-Horloge. Chaque rue a été scrutée « de façon à identifier s’il y a des personnes en situation de « sans-abrisme », dans la rue, dans un hall d’immeuble ou dans un parking souterrain ».

Des questions sont posées par un membre de l’équipe, un guide de conversation en main, lorsqu’il croise une personne, seule dans la rue. Il est d’usage de se présenter, donner son prénom afin d’établir une relation de confiance avec l’interlocuteur, mais « ce n’est pas évident, car tu entres dans la vie des gens », avec toujours, cette « peur d’être maladroit, d’être face à un comportement que tu ne peux pas gérer », confie François, participant. Certains passants arrêtés semblent interloqués, gênés voire vexés. 

On essaie de ne pas avoir de préjugés. On connait des sans-abri qui font croire qu’ils ne le sont pas, ce sont souvent des femmes, parfois quelques hommes. On doit donc demander à tout le monde, mais ce n’est pas évident car il ne faut pas les froisser, note la bénévole de la Croix-Rouge. 

Des réactions scrutées de près par Juliette, le bonnet orange visé aux oreilles, et son acolyte Clara, toutes deux 17 ans, lycéennes, stylo à la main et pleinement engagées. « C’est important d’aider les personnes qui sont dans le besoin », déclare Juliette, « car si nous étions dans cette situation, nous aimerions que quelqu’un vienne nous aider », renchérit son amie. 

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Un appel à L’autobus pour vérifier qu’il « va bien »

Dans les ruelles, à la limite des cours privées, les bénévoles scrutent chaque recoin. « Mais nous sommes déjà passés par là », entend-on parfois. Une lampe torche est aussi activée par Amandine pour vérifier à l’intérieur des voitures, ou dans les halls. « Certains se cachent peut-être à l’intérieur », observe-t-elle. La pluie, fine par moment, a peut-être selon elle, incité des sans-abri à se réfugier dans des espaces fermés. 

Le long de la rue du Gros-Horloge, vers 22h30, le groupe repère un homme, assis seul à même le sol, un gros sac près de lui ainsi qu’un livre à la main. A l’approche des bénévoles, il baisse le regard, la main sur les yeux. Amandine s’approche de lui et tente de l’interroger. Elle lui demande de facto s’il a mangé au cours de la soirée : « Je ne vais pas l’interroger plus que cela, il n’est pas en état », observe cependant Amandine, qui a su identifier le sans-abri, et appelle rapidement l’association L’Autobus pour que les membres s’assurent lors de leur passage, qu’il « va bien ». Un formulaire est malgré tout rempli par les bénévoles pour le comptabiliser. Tous les documents sont à la fin de chaque ronde collectés, pour entamer le travail d’analyse. 

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Mais les résultats ne devraient pas délivrés avant « plusieurs mois » selon les organisateurs, le temps d’étudier les questionnaires remplis par chaque bénévole, et de réunir des professionnels comme des sociologues, pour dresser un bilan exhaustif de cette maraude. 

Une deuxième édition de la Nuit de la solidarité est d’ores et déjà réclamée par les organisations en 2021, mais Franck Renaudin formule ce vœu : « Dans quelques années, j’espère qu’il n’y aura plus de sans-abri, et donc plus besoin de ce type d’action ! »

*Restau’ du Coeur, Majk Solidarité, L’autobus, Croix-Rouge française, SHMA, Solidarité Coup de patte, Rouen Terre d’accueil, ASAR, Réseau de solidarité avec les Migrants, Welcome Rouen Metropole, Banque alimentaire de Rouen et sa région, Médecins du Monde. 

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