Une « cellule stratégique opérationnelle » a été mise en place au Havre, pour réunir police, justice, association et acteurs sociaux luttant contre les violences conjugales. (©AdobeStock)
Policiers, gendarmes, hôpitaux, représentants des associations de victimes, procureur…. Régulièrement, l’ensemble des acteurs intervenants dans la prise en charge des victimes de violences conjugales sur le territoire du Havre (Seine-Maritime) se réuniront au sein d’une « cellule stratégique opérationnelle« , créée mercredi 5 février 2020.
Derrière le terme technique se cache une volonté d’agir mieux, plus vite et surtout de façon plus coordonnée. « L’objectif est de travailler sur les exemples réels, qui ont mis en exergue des dysfonctionnements ou du moins une insuffisance de coopération. Quand nous n’avons pas été au rendez-vous, ou sommes arrivés en retard », présente Vanina Nicoli, la sous-préfète, qui chapeaute l’initiative.
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De nombreux acteurs mais un manque de coordination
« Nous avons au Havre un réseau avec beaucoup d’acteurs engagés, ce qui n’a pas empêché un drame cette année, rappelle le maire, Jean-Baptiste Gastinne. Tous, nous nous sommes interrogés sur comment être plus efficaces. »
C’est vrai qu’il existe beaucoup de choses sur notre territoire, mais les acteurs ne se connaissent parfois pas bien. Il y a encore beaucoup de dysfonctionnements, de cas où on ne trouve pas de solution, partage Valérie Voipierre-Lemaître, coordinatrice au sein de Avre 76.
L’intervenante de l’association havraise d’aide aux victimes, qui a reçu l’an dernier 516 victimes (soit 250 % de plus que l’année précédente), le constate. « Certains ne connaissent pas, par exemple, les coordonnées des lieux d’accueil pour les femmes qui ont besoin de quitter leur domicile. Il faut mieux communiquer pour parvenir à passer le relais si besoin. »
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Des outils pour agir
C’est donc d’un très bon œil qu’elle voit s’installer cette « cellule opérationnelle ». « On en attend beaucoup, confirme-t-elle. Évoquer nos difficultés ensemble va permettre de décoincer les choses. Et même si chaque situation reste unique, cela peut aussi être l’occasion de réfléchir à des processus à mettre en place. »
Cela va notamment nous permettre de commencer la conservation des antécédents, et donc de mettre en sécurité les éléments de preuve pour le jour où la victime sera prête à engager des poursuites, précise Diane Deuse, juriste de l’association.
Main courante, examens médicaux, messages et enregistrement… « Le souci de trouver les preuves » quand la victime se décide à franchir le pas du dépôt de plainte, parfois des années après les faits, est l’une des principales difficultés rencontrées dans les poursuites judiciaires de ces affaires précise François Gosselin, le procureur du Havre. « Lorsqu’il n’y a plus de trace physique, il faut alors retrouver les témoins, les confidents… c’est très compliqué », reconnaît le magistrat.
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Or en droit, « la victime peut-être de bonne foi, l’accusé ne peut-être condamné sans preuve et lorsque l’on se retrouve parole contre parole, cela lui bénéficie », précise Diane Deuse qui l’assure : « pour la victime, la relaxe par le tribunal est pire que le classement sans suite d’un dossier. »
Le nombre de cas de femmes tuées par leurs conjoints ou ex-compagnon ne cesse d’augmenter en France. Tous les trois jours en moyenne une femme meurt, victime de violences conjugales.
Il est conseillé à toute femme victime de violences de se manifester auprès de son médecin, d’une association ou des services de police. Deux numéros peuvent être composés pour recevoir écoute, conseils et informations : le 39 19 ou le 0 800 05 95 95 « SOS Viols Femmes Informations ». En cas d’urgence, composez le 17 ou le 112.
Au Havre, l’association Avre 76 offre des consultations gratuite et confidentielles. Elle se trouve au 168 rue Maréchal-Joffre et est joignable au 02 35 21 76 .