« Coronis », une œuvre inédite présentée pendant deux jour à l’opéra de Rouen (Seine-Maritime). (©Philippe Delval)
Cette zarzuela fut écrite par un compositeur espagnol peu connu et créée au tout début du XVIIIe siècle sur un livret peu crédible, fantaisiste à souhait d’un poète anonyme. Coronis est une œuvre insolite, inédite, jamais enregistrée, mais ça ne saurait tarder ! Vincent Dumestre, directeur musical de l’ensemble baroque « Poème harmonique », véritable « rat de bibliothèque » a découvert cette œuvre de paradoxe à la partition incomplète il y a plusieurs années. Il la présente au théâtre des arts, à Rouen (Seine-Maritime) les 31 janvier et 1er février 2020.
Lire aussi : Spectacles, concerts… Les rendez-vous à ne pas manquer à Rouen au premier semestre 2020
Une action en deux journées
« La zarzuela est un spectacle de cour interprété par une troupe de comédiens, précise Vincent Dumestre. Les sujets y sont à la fois mythologiques et pastoraux, et le tragique et le burlesque s’y mélangent allègrement. La zarzuela se décline en journées et non pas en actes. Mi-chantées, mi-parlées , il existe cependant quelques zarzuelas intégralement chantées. C’est le cas de Coronis qui a suivi l’influence de l’opéra vénitien après sa création. Coronis fut jouée la première fois devant le jeune Philippe V d’Espagne, petit-fils de Louis XIV »
L’action de Coronis se déroule en deux parties, deux journées. Tout commence sur une plage de Thrace bordée par une forêt d’où l’on entend les clameurs de la chasse menée par Coronis. Cette prêtresse de Diane est l’objet d’une terrible prophétie : il lui a été annoncé sa mort par noyade dans la mer Egée. Aussi lorsque le monstrueux Triton, fils adoptif de Neptune, sort de l’écume pour venir la conquérir, elle prend peur que la prophétie se réalise et elle fuit à travers bois. Pour tenter de conjurer le sort, les habitants de Phlègre, vont consulter le devin Protée dans sa grotte au sommet de la montagne. Ils y apprennent qu’une guerre opposera bientôt les dieux Apollon et Neptune, prêts à se disputer l’amour de Coronis et la tutelle de la ville. Rude combat ! Le lendemain, Neptune sort victorieux au grand désespoir des habitants qui souhaitaient pouvoir adorer Apollon. Coronis, résignée, regarde la construction d’un temple en l’honneur du dieu marin malgré une nouvelle vision de Protée qui annonce son incendie. Fou de colère, Apollon riposte une dernière fois et saccage une idole. Après bien des péripéties, Coronis choisira Apollon comme époux. Tout cela est chanté en espagnol surtitré en français, interprété par six femmes et un seul homme. Tous très drôles et débridés.
Mis en scène par Omar Torras
Pour la mise en scène, il a été fait appel à Omar Torras, un colombien qui vit à Lausanne où il dirige un théâtre. Ce personnage étonnant et fantasque a travaillé l’art du masque, de la marionnette et de la danse dans une énergie galvanisante. De plus, il a exploré tous les grands mythes. Dans Coronis, magie et poésie jouent un rôle important. Monter cette zarzuela a été titanesque aux dires de l’équipe de production. Décor, costumes, distribution, rien n’a été laissé au hasard.
« Dans un tissage organique fait de symboles, de métaphores et d’objets magiques, un groupe de baladins, de comédiens et de prêtres prépare un rituel cathartique duquel naîtra un monstre marin » explique Omar Torras. « Triton, fils adoptif de Neptune, aveuglé d’amour, va poursuivre la plus belle mortelle du village, Coronis au regard ailé ».
À propos d’Omar Torras, Vincent Dumestre n’hésite pas à dire que c’est la première fois qu’il travaille avec un homme pareil, aussi complet et perfectionniste. Costumes, perruques, couronnes, maquillages, accessoires, pyrotechnie, déplacements des chanteurs, des six danseurs et acrobates, tout est minutieusement cadré.
14 représentations
Pour l’instant, 14 représentations sont programmées dont deux à Rouen. Nul doute que cette programmation du Théâtre de Caen relayée par l’Opéra de Rouen-Normandie, ceux de Limoges et de Lille et par le Théâtre national de l’Opéra-comique va faire boule de neige cet hiver !
Deux heures sans entracte. Introduction à l’œuvre, une heure avant chaque représentation, par Alexis Pelletier, dramaturge. Avec les musiciens du Poème Harmonique, sous la direction de Vincent Dumestre.
De notre correspondant André Morelle
Infos pratiques :
Au Théâtre des arts, rue du docteur-Rambert, à Rouen.
Vendredi 31 janvier 2020 à 20 heures et samedi 1er février 2020 à 18 heures.
Tarifs : de 10 à 68 euros. Formule famille moins 50% pour parents et enfants.