Un an après, quelles suites données aux plaintes pour violences policières à Rouen ?

Un an après, quelles suites données aux plaintes pour violences policières à Rouen ?

Un an près avoir déposé plainte pour violences, ces manifestants de Rouen n'ont soit pas de nouvelle de leur procédure, soit leur dossier a été classé sans suite.

Un an près avoir déposé plainte pour violences, ces manifestants de Rouen n’ont soit pas de nouvelle de leur procédure, soit leur dossier a été classé sans suite. (©RT/76actu/illustration)

C’était il y a un an. Plusieurs manifestants Gilets jaunes déposaient plainte à la suite de blessures causées par les forces de l’ordre. Certaines de ses blessures ont été faites par des grenades Gli-F4. Grenades accusées depuis longtemps de causer de graves blessures parmi les manifestants. Dimanche 26 janvier 2020, le ministre de l’Intérieur a annoncé le retrait « immédiat » de ces munitions.

L’avocate déplore « un traitement différencié »

Me Chloé Chalot représente six clients, dont trois blessés par ces grenades maintenant interdites. Sur ces trois dossiers, aucune réponse pénale n’a été apportée. « Quand je vois comment la « cellule Gilets jaunes » de Rouen a été efficace et rapide, je déplore que le traitement soit différencié », indique Me Chalot. Ses clients ont déposé plainte contre X pour « violences par personne dépositaire de l’autorité publique avec usage d’une arme » les 22, 25 janvier et le 7 mars 2019.

À chaque fois, ces manifestants ont eu des morceaux de plastiques dans les jambes, issus des grenades lacrymogènes. Pour ces trois dossiers, le parquet de Rouen s’est dessaisi au profit du parquet de Lille, « compétent pour les infractions militaires commises même sur le ressort de Rouen », indique le procureur adjoint Étienne Thieffry. Selon lui, « les investigations ont établi, en effet, que les jets de grenades dénoncés proviendraient des militaires  gendarmes mobiles engagés dans les opérations de maintien de l’ordre le 29 décembre 2018 ».

Des « violences légitimes et proportionnées »

Concernant les trois autres dossiers de violences commises par une personne dépositaire de l’autorité publique, un seul a fait l’objet d’une enquête de la part de l’inspection générale de la police nationale (IGPN). Sébastien, 47 ans, a été mis au sol par un policier de la brigade anti-criminalité (Bac), lors de l’acte VII des Gilets jaunes. « À l’issue de cette enquête, une décision de classement sans suite a été notifiée à mon client », souligne Me Chalot. Pour le parquet, « les faits dénoncés […] ne constituent pas une infraction ». En effet, selon les conclusions de l’enquête, « les violences commises […] apparaissent légitimes, nécessaires et proportionnées ».

« Je lui ai donné plusieurs coups de matraque, trois ou quatre en tout, car cet homme ne se laissait pas faire », indique lors de son audition, le policier de la Bac.

• VIDÉO. Sébastien a filmé son interpellation samedi 29 décembre 2018 :

Seulement, pour Me Chalot, « les violences subies n’étaient absolument pas indispensables ». « Pour mon client, c’est trop difficile de lire que cette violence est légitime. » L’avocate a donc contesté ce classement sans suite auprès du procureur général, dans un courrier daté du 13 janvier 2020.

Un « sentiment de défiance »

Pour les autres dossiers, l’instruction suit son cours, après des dépôts de plainte les 10 et 15 janvier 2019. « Un an après, il n’y a aucune poursuite alors qu’il y a eu énormément de condamnations de manifestants pour des violences commises à l’égard des forces de l’ordre, regrette Chloé Chalot. Dans tous les cas, les victimes doivent déposer plainte, ce n’est jamais à l’initiative du parquet. » 

Me Chalot assure que ses clients « ont toujours eu une grande confiance dans les institutions », mais cet épisode judiciaire leur procure un « vrai sentiment de défiance ».

76actu

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