Encore en chantier, le restaurant Le XXI devrait ouvrir courant avril 2020. (©Yann Rivallan / 76actu)
C’est dans un restaurant en chantier, à Rouen (Seine-Maritime), que le chef Philippe Molinié nous reçoit en ce mois de décembre 2019. Ce futur établissement, il y pense depuis « des années ». Une idée tout droit sortie de ses cours de cuisine, qu’il assure depuis maintenant douze ans avec de jeunes trisomiques et déficients mentaux pour le compte de l’association Technique éducative accompagnement et médiation (Team). Pour lui, les préjugés ont la vie dure : « Ce sont des gamins qui savent très bien bosser en cuisine. Vous seriez surpris de voir ce qu’ils savent faire. »
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Déjà patron de son propre établissement depuis 33 ans, ce cuisinier a toujours eu à cœur de partager sa passion. Même s’il semble débordé entre les travaux et la cuisine, il reste déterminé. D’ici quelques mois, il passera la main de son bébé, son restaurant Chez Philippe, à son fils, pour se lancer dans une nouvelle aventure : le XXI. Vingt-et-un ? Une référence à la trisomie 21. Car le concept de ce nouveau restaurant est « d’aider de jeunes trisomiques à s’insérer » dans la vie professionnelle et leur permettre de travailler en autonomie.
Une idée venue de Nantes
Ce projet s’est fait « par hasard », confie le chef : « Un jour, lors d’un de mes cours, une maman d’un enfant trisomique m’a présenté Éric [Van De Wynckele, vice-président de l’association Trisomie 21 Seine-Maritime, NDLR]. On a très vite sympathisé et tout ça s’est lancé petit à petit. »
De son côté, Éric Van De Wynckele a découvert ce concept lors d’un passage à Nantes. Par curiosité, il se rend au restaurant Le Reflet — un établissement qui emploie principalement des porteurs de trisomie 21 — et y découvre « des jeunes épanouis, heureux dans leur travail ». Une idée qu’il « trouve fantastique » et qu’il s’empresse de proposer au président de l’association, Bertrand Hauguel.
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À la recherche d’un restaurateur pour obtenir des conseils sur le « recrutement et le futur local », les deux membres de l’association seinomarine tombent sur Philippe Molinié. Heureux hasard ou destin ? Leur rencontre va permettre à plusieurs jeunes de pouvoir travailler dans un environnement « plus adapté ».
« C’est difficile de trouver du boulot »
Passé 20 ans, quand on est trisomique, « c’est difficile de trouver du boulot », explique Éric. « Bien souvent, on vous fait travailler dans des milieux très encadrés. Dans les espaces verts ou la restauration collective entre autres. Mais ce sont des gens comme tout le monde. Ils ont envie d’avoir leur propre appartement, un emploi… Leur petite vie à eux quoi. »
Venir au XXI serait l’occasion pour ces jeunes de sortir des sentiers battus et de se sentir « »intégrés dans un milieu ordinaire ». « Cinq à dix jeunes porteurs de trisomie 21 » pourraient rejoindre le futur restaurant, dès son ouverture, en avril 2020, aux côtés de Philippe Molinié.
Ses futurs collaborateurs, le chef les connaît bien : « Pour la plupart, ce sont des jeunes que j’ai suivi lors de mes cours de cuisine, détaille-t-il. Ils savent bosser, la seule chose qu’il leur manque actuellement, c’est l’hygiène en cuisine. Mais tout ça, ils vont l’apprendre avec les stages qui seront organisés. » Une fois ouvert, « le boulot, c’est eux qui le feront. Moi je serais là uniquement pour aider », explique-t-il, avec un sourire au coin des lèvres.