Benjamin Laurent, sportif chevronné, a repris le sport après un accident qui lui a coûté une partie de sa jambe. (©Manon Leterq/76actu)
Il a été victime d’un AVC* alors qu’il circulait en moto à Tourville-la-Rivière (Seine-Maritime), le 5 octobre 2012. Cette date, Benjamin Laurent, 29 ans, s’en souvient. Il était étudiant en pharmacie. « A moins de cinq minutes de chez moi, j’ai fait mon AVC, relate-t-il. Sur le moment, j’ai réussi à éviter une voiture mais je m’en suis pris une autre en pleine face. J’ai fait un vol de 10 mètres et j’ai atterri dans une haie. » Depuis cet accident qui lui a coûté une partie de sa jambe, Benjamin, a repris le sport, mais surtout le goût et la motivation de l’effort.
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Plongé dans le coma pendant 5 semaines
A l’hôpital, le bilan est lourd pour le jeune homme : fracture du fémur, de l’humérus, nerf radial du poignet droit détendu, traumatisme crânien, tibia cassé en trois ou encore pied droit broyé. Les médecins le plongent dans le coma pendant près de cinq semaines et l’amputent du membre inférieur droit. Le réveil a été difficile :
Mes parents ont eu peur de ma réaction. Moi j’ai dit : « qu’est-ce que c’est que ce bordel ? », en demandant où était mon pied. Aujourd’hui, j’ai encore mon genou, un petit bout de tibia, et je marche avec une prothèse.
De longs mois de rééducation s’ensuivent. D’abord dans l’établissement des Herbiers à Bois-Guillaume pendant neuf mois, puis en centre d’éducation spécialisé à Saint-André-de-l’Eure (Eure) avec de la kinésithérapie pour réapprendre la marche. Dans les premiers temps, rien n’est facile pour le jeune homme qui est paralysé du bras et de la jambe gauche.
Benjamin Laurent a été victime d’un accident de moto, le 5 octobre 2012 à Tourville-la-Rivière (Seine-Maritime). (©Manon Leterq/76actu)
L’envie de reprendre le sport
Benjamin était avant ce jour de 2012, un sportif chevronné. Il a pratiqué de nombreuses de disciplines : judo, boxe thaï, natation, football, VTT cyclocross…
Les professionnels des Herbiers me disaient que je ne pourrais plus jamais faire de vélo, ni courir.
Déterminé à reprendre le sport, Benjamin enfourche pourtant un vélo, aidé de son père. Lorsqu’il évoque ses souvenirs, il rie : « Mon père dans le jardin avait peur pour mon équilibre, et restait derrière moi comme un petit bébé. Au final, j’ai réussi à refaire du vélo sur deux roues ! »
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Apprentissage de la course avec une lame
L’envie de reprendre la course à pied fait surface. Cinq ans après son accident, il essaie une lame : « Le médecin des Herbiers me disait que je ne pourrai pas courir. Je lui ai demandé pourquoi, car quand on veut, on peut ! Je lui ai dit que si j’en avais envie, je pourrais recourir. Au bout d’un an, il est entré en contact avec une marque de lame, et j’ai pu en essayer une. »
Les débuts ont été compliqués car « avec la lame, on n’a ni les mêmes amplitudes qu’avec notre pied, ni les mêmes sensations. Il faut appuyer sur la lame pour avoir l’impulsion et profiter de l’énergie de la lame pour que l’on puisse courir. Je faisais du talon-pointe avec le pied gauche mais en fait, il fallait faire en pointe. Je ne courais pas mais je marchais vite. »
Pour profiter de ce sport, il acquiert une lame de la marque Össur. « J’étais 100% en tort à cause de mon AVC donc il a fallu que je paie tout de ma poche, c’est-à-dire 6800 euros rien que pour la lame, et le manchon pour le prix de 1500 euros ! » Cette liberté de mouvement à eu certes un coût, mais à l’entendre, courir avec une lame est une délivrance.
La lame et la semelle de Benjamin Laurent, 29 ans, amputé après un accident de la route survenu en 2012 près de Rouen (Seine-Maritime)0 (©Manon Leterq/76actu)
Double-champion de Normandie
Courir avec une lame, alors, est-ce réellement une aide ? Benjamin Laurent anticipe les mauvaises langues. « Il y a des choses qui ont été dites sur la lame d’Oscar Pistorius, comme quoi ça agissait comme un ressort. En vérité, on n’appuie pas avec notre jambe, ce n’est pas la lame qui nous donne l’énergie pour pouvoir courir. » L’athlète, adhérent à l’ASPTT Rouen depuis deux ans, dans une section qui accueille les personnes en situation de handicap, s’entraîne chaque jeudi. Il court une quarantaine de kilomètres chaque mois.
Des objectifs, Benjamin Laurent en a. Son titre de double-champion de Normandie vélo de route — en contre-la-montre et en trio normand — le pousse à voir toujours plus loin, et à participer à des compétitions handisport et pour valides.
Benjamin Laurent espère faire de son témoignage un gage d’espoir pour beaucoup de personnes en situation de handicap :
Si vous aimez ce que vous faites, continuez ! Si vous avez des envies et des passions, foncez ! Quand on veut, on peut. Il faut se donner à fond dans ce que l’on fait.
Ses partenaires sportifs aiment à dire qu’il est un « survivor ». « Je suis une personne normale », leur répond le jeune homme, qui reste une fois de plus, trop modeste.
*AVC : Accident Vasculaire Cérébral