Un homme a été jugé au tribunal de Rouen (Seine-Maritime), notamment pour avoir envoyé des mails racistes à Hervé Morin. (©DR)
La séance se tient au tribunal de Rouen (Seine-Maritime), le 19 décembre 2019, un an après qu’un homme a adressé des mails à caractère raciste au président de Région Hervé Morin. Il comparait pour cette affaire, mais également pour des faits de violences conjugales.
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« Je suis raciste et d’extrême droite »
Le 28 décembre 2018, Hervé Morin, président de la Région Normandie, adresse un signalement au procureur de la République de Rouen, lui indiquant avoir reçu « un mail à caractère raciste et xénophobe », indique la présidente. Quelques jours plus tard, le président de la Normandie, dépose plainte pour un second mail « insultant et à nouveau raciste ». Une enquête est ouverte, l’auteur rapidement identifié grâce à son adresse mail personnelle. Entendu sur ses faits, Olivier* reconnaît les faits et les assume pleinement : « Je suis raciste et d’extrême droite ».
Le 6 avril 2019, les gendarmes sont appelés par la femme d’Olivier. À leur arrivée, celle-ci indique avoir reçu une gifle de son époux, car elle l’a empêché de prendre la voiture alors qu’il était alcoolisé. Les gendarmes demandent à lui parler, mais l’individu est occupé… à se raser. Placé en garde à vue, il reconnaît les violences sur son épouse et se justifie : « Elle donne à manger un saucisson hyper cher à notre chien, et dépense 500 euros par mois en sorties, je lui ai dit plusieurs fois d’arrêter et qu’on avait des factures à payer. »
« J’ai exprimé mon opinion de citoyen Français »
À la barre, Olivier reconnaît les faits qui lui sont reprochés. Quant aux mails envoyés à Hervé Morin, il s’en explique : « J’estime que la France perd son identité, c’est à lui de faire quelque chose contre l’immigration. J’ai exprimé mon opinion de citoyen Français : quand je viens à Rouen, j’ai l’impression de ne pas être en Normandie », assumant ses propos racistes devant une assistance médusée.
« Vous avez le droit d’avoir une opinion monsieur, mais vous n’avez pas le droit de l’exprimer publiquement », lui explique le tribunal.
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Concernant les violences sur son épouse, il reconnaît les faits : « J’ai giflé mon épouse, je le regrette, mais je réagis comme ça, j’y peux rien ». Il estime que « toute femme doit avoir une éthique, notamment en faisant à manger, en s’occupant des enfants et ayant des relations sexuelles avec son mari ». Il indique également au tribunal avoir eu le projet de devenir policier municipal, « afin de contrôler les immigrés ».
Une expertise a été réalisée, elle conclut qu’Olivier souffre d’une pathologie psychiatrique, qu’il n’en a pas conscience et que son discernement était altéré au moment des faits. Elle recommande un suivi psychiatrique.
« Son épouse souhaite avoir la paix »
Le conseil de l’épouse indique qu’une procédure de divorce est en cours, et que sa cliente souhaite « avoir la paix pour elle et ses enfants ». Il demande le maintien de l’interdiction d’entrer en contact avec sa cliente, et un euro « symbolique » de dommages et intérêts.
Pour le ministère public, « les faits sont inacceptables ». Il rappelle au prévenu « qu’il a le droit de penser librement, mais pas de l’exprimer publiquement ». Le représentant de la société s’inquiète du positionnement de l’intéressé et requiert pour les faits commis à l’encontre d’Hervé Morin la peine de trois mois d’emprisonnement, et 300 euros d’amende.
Concernant le volet sur les violences conjugales, le magistrat souligne « l’absence totale de réflexion et de prise de conscience » du prévenu, requérant six mois d’emprisonnement avec sursis et mise à l’épreuve pendant deux ans, avec obligation de soins psychiatrique, d’indemniser la partie civile et interdiction d’entrer en contact avec elle.
« Il ne minimise pas et exprime des regrets »
Selon l’avocat d’Olivier, son client a une devise : « Travail, honneur, patrie ». Il assume pleinement son racisme : « Il a des valeurs qui ne sont pas partagées par la société ni par le législateur », mais il estime qu’il a besoin de soins. « Sa pathologie psychiatrique le pousse à exprimer ce qu’il pense, il ne comprend pas qu’on puisse remettre en question ses propos et sa mentalité, car il n’a pas conscience de la gravité de ses propos. » Il estime qu’aucune peine prévue par la loi ne sera comprise par son client, « qui la vivra comme une persécution ».
Le tribunal déclare Olivier coupable des faits qui lui sont reprochés, et le condamne à la peine trois mois d’emprisonnement, 200 euros d’amende pour les faits commis sur Hervé Morin et à la peine de six mois d’emprisonnement avec sursis et mise à l’épreuve pendant deux ans pour les violences conjugales. Il devra se soumettre à des soins et indemniser sa femme à hauteur d’un euro. Il a par ailleurs interdiction d’entrer en contact avec elle.**
*Les prénoms ont été modifiés
** Cette peine est susceptible d’appel. Toute personne est présumée innocente tant que toutes les voies de recours n’ont pas été épuisées.
Par notre correspondant Frédéric Bernard