Environnement. Près de Rouen, ils réinventent l’agriculture pour une résilience alimentaire

Environnement. Près de Rouen, ils réinventent l’agriculture pour une résilience alimentaire

L’association Triticum basée à Darnétal (Seine-Maritime) travaille sur la « résilience alimentaire » de la Métropole de Rouen et ses alentours et a lancé un financement participatif pour l’acquisition de matériel qui permettra, l’été prochain, de moissonner à l’ancienne.

L’association Triticum basée à Darnétal (Seine-Maritime) travaille sur la « résilience alimentaire » de la Métropole de Rouen et ses alentours et a lancé un financement participatif pour l’acquisition de matériel qui permettra, l’été prochain, de moissonner à l’ancienne. (©Association Triticum)

L’objectif de l’association Triticum (NDLR : terme générique regroupant différentes sortes de blés), basée à Darnétal près de Rouen (Seine-Maritime) est notamment de travailler  sur la « résilience alimentaire ». En d’autres termes, développer certains axes de travail dans le domaine de l’agriculture et de l’environnement, pour ne plus être dépendants de l’extérieur en termes d’alimentation. À l’heure du débat sur l’avenir des énergies fossiles comme le pétrole et alors que la catastrophe générée par l’incendie Lubrizol à Rouen a suscité une importante réflexion au sujet des entreprises à risques, classées Seveso, à Rouen et ses alentours, l’activité de l’association Triticum ne devrait pas laisser le public indifférent.

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Une opération de financement participatif vient d’ailleurs d’être lancée avec la Métropole pour sensibiliser la population évidemment, mais également les élus et les agriculteurs à l’action de Triticum. L’objectif pour l’association est de faire l’acquisition d’un semoir et d’une batteuse pour les moissons… qui seront réalisées à l’ancienne. « Nous ferons une récolte à la main et le battage en grange, comme autrefois », confirme le président de l’association Simon Bridonneau.

VIDÉO. Présentation du financement participatif de l’association Triticum

 

80 variétés anciennes de blés de pays

Blé Bon Cauchois, Blé de Noé, Blé rouge de Bordeaux, Blé Japhet, Blé de Crépi… tous ces noms ne vous disent peut-être rien, et pour cause : ce sont des variétés anciennes (lire en encadré) qui ont pratiquement disparu mais qui étaient la base de l’agriculture il y a quelques décennies.

La culture et la conservation des semences paysannes et céréales de pays est l’un des axes de travail de l’association. Nous détenons aujourd’hui, grâce à un partenariat avec l’INRA (Institut national de la recherche agronomique) et Réseau Semence Paysanne France, 80 variétés anciennes de blés de pays, indique Simon Bridonneau.

Le but de l’association est évidemment de faire revivre ces variétés, mais leur rareté pousse l’INRA à n’en céder qu’une part infime. « Ces semences sont beaucoup plus résistantes que les semences industrielles, qui sont, elles, sélectionnées pour bien se conserver et bien se transporter », fait valoir le responsable de l’association, constatant que Triticum ne s’inscrit évidemment pas dans la même démarche.

S’agissant du transport notamment et donc de l’acheminement des nourritures, le président de Triticum explique qu’en Europe, « la France importe 99 % de son pétrole car elle n’en produit pas du tout. Notre pays ne s’est pas organisé pour économiser l’énergie autour des transports des productions alimentaires, bien au contraire… Et en cas de soucis pour l’approvisionnement de pétrole, la France, et donc notre alimentation sera en première ligne ». D’où l’urgence de repenser les modes de production et d’alimentation en privilégiant notamment les filières courtes, avec une agriculture à taille humaine.

En savoir plus sur les variétés anciennes
« Nous détenons du blé Bon Cauchois, issu de croisements des années 1910/1920, époque du boom des sélectionneurs tels Villmorin ou Despprez, mais nous détenons aussi et surtout des blés encore plus anciens et de lignées pures, appelées Blés de Pays », précise Simon Bridonneau, qui ajoute que l’association détient également des seigles, des orges, des avoines, des amidonniers et des grands épeautres (blés des Gaulois). Au total, 75 variétés sont ainsi en étude sur le terroir de Rouen, via l’association.
« Les blés de pays sont des blés dit « de population ». Leur évolution n’est pas figée et année après année, ils évoluent suivant les conditions dans lesquelles ils étaient cultivés. Ce sont des semences libres, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de droits à payer au semencier, fertiles et adaptables dans le sens où elles intègrent les infos du milieu dans lequel elles poussent et les transmettent à leurs graines », explique le président de l’association. Jusqu’en 1900, chaque terroir disposait de ses variétés adaptées au sol et au climat. Puis l’avènement des rendements et de l’agriculture intensive avec le recours aux engrais azotés a changé la donne et entraîné la perte de très nombreuses variétés. Cela s’est aussi traduit par « la fin de la sélection paysanne qui est un savoir-faire nécessaire pour les fermes qui veulent se passer des semences industrielles », observe Simon Bridonneau.

« Il faut réinventer le modèle de l’agriculture »

« Beaucoup de citoyens se sentent concernés, on apprend aux gens à cultiver. On propose une vraie solution », indique Simon Bridonneau. Loin toutefois d’une vision romantique et idyllique de l’agriculture d’antan, il espère qu’en 2020, d’autres personnes viendront rejoindre les adhérents de l’association, déjà très impliqués et séduits par les chantiers agricoles participatifs autour des semences de pays  : « Certaines de ces semences étaient cultivées sur le terroir normand jusqu’en 1950 », indique Simon Bridonneau, qui espère convaincre d’autres agriculteurs pour qu’ils choisissent ce type de semences sur une partie de leurs exploitations. « Je pense qu’il faut réinventer le modèle de l’agriculture face aux ressources qui s’épuisent », réfléchit-il, constatant toutefois que le monde aujourd’hui obéit à la règle de la globalité et à une guerre des prix qui rend tout changement compliqué. Et conscient également qu’il faudra une volonté politique forte pour espérer amorcer ce changement.

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Sensibiliser le plus de personnes 

Quoi qu’il en soit, l’association Triticum a pour sa part pris le virage d’une agriculture repensée selon les valeurs des anciens et les adhérents de la Métropole de Rouen, à Franqueville-Saint-Pierre, Roncherolles-sur-le-Vivier ou encore Saint-Léger-du-Bourg-Denis, qui lui ont déjà confié deux hectares de parcelles n’ont pas eu à le regretter. Aujourd’hui, déjà un de ces hectares a été mis en culture selon les principes de l’agriculture durable et de l’agro-foresterie. « Il faut planter des arbres. Ils sont la meilleure protection de la nature, pour les ressources en eau, pour l’environnement, pour les humains eux-mêmes… », détaille Simon Bridonneau.

On a des contacts à Saint-Jacques-sur-Darnétal et on espère aussi qu’à Darnétal, on pourra obtenir des parcelles. C’est pourquoi nous allons nous attacher maintenant à contacter les élus pour sensibiliser le plus de personnes possible, conclut-il.

Infos pratiques
Pour joindre l’association : triticum76@gmail.com ou contactez le président Simon Bridonneau au 06 66 97 52 92.
Site internet : www.triticum.fr

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