REPORTAGE. Au Havre, le dispositif culture-justice favorise l’insertion par la pratique artistique

REPORTAGE. Au Havre, le dispositif culture-justice favorise l’insertion par la pratique artistique

Julie Tocqueville, artiste rouennaise, a animé la session de novembre 2019 au Spip du Havre.

Julie Tocqueville, artiste rouennaise, a animé la session de novembre 2019 au Service pénitentiaire d’insertion et de probation (Spip) du Havre. (©S.B./76actu.)

Le Portique, centre régional d’art contemporain du Havre (Seine-Maritime), dans le cadre du dispositif Culture-justice, a élaboré le projet Art-Gateways, afin de sensibiliser à l’art contemporain les personnes placées sous main de justice* en milieu ouvert. 

Encadrées par le Service pénitentiaire d’insertion et de probation (Spip) du Havre, les sessions menées par l’artiste Julie Tocqueville ont permis à un groupe de huit personnes volontaires de s’initier à la pratique artistique. 

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Valoriser les compétences de chacun

Le Spip assure le suivi social et judiciaire des personnes condamnées. Outre la prévention de la récidive, la structure a pour mission d’accompagner socialement (logement, santé, travail, formation, culture) les personnes. 

Considérant la culture comme un élément majeur dans le parcours de la réinsertion, l’antenne havraise du Spip, dans le cadre du dispositif Culture-Justice, a mis en place le projet Art-Gateways.

L’objectif est de permettre aux publics du Spip d’aller à la rencontre de l’art contemporain. Pour cette session animée par l’artiste Julie Tocqueville, nous avons rassemblé huit personnes suivies par nos services. Le groupe fonctionne bien : il y a une bonne dynamique, explique Michaël Jillali, conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation.

Ces ateliers permettent aux encadrants de travailler différentes valeurs du contrat social et de porter un autre regard sur les personnes qu’ils accompagnent.  » Tout le monde s’investit et participe. Cela rompt l’isolement et encourage les échanges. C’est aussi un moyen de valoriser les savoir-faire et les compétences des participants. Nous travaillons beaucoup sur la confiance en soi et l’échange avec l’autre. »

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Une approche ludique de l’art

Michel a découvert une nouvelle approche artistique.

Michel a découvert une nouvelle approche artistique. (©S.B./76actu.)

Avec Julie Tocqueville, plasticienne rouennaise, le groupe travaille à l’élaboration d’un paysage en volumes. Le thème des fonds marins a été retenu : de nombreuses images ont ainsi été décalquées, dessinées et peintes sur carton. L’assemblage des différents éléments contribue à la construction d’un décor. Une restitution a eu lieu au Portique, structure partenaire, à l’issue de l’atelier.

D’emblée, le groupe a manifesté la volonté de faire un projet collectif. Deux groupes se sont formés et les participants travaillent ensemble sur les différentes pièces, souligne l’artiste.

Chacun s’est réparti les tâches. Michel s’applique pour harmoniser les couleurs de son dessin. S’il pratique la peinture dans un club des aînés, il apprécie cette nouvelle approche de l’art et du medium :

C’est ludique et expressif. C’est vraiment différent de ce que je fais au club des aînés. C’est bien de pouvoir rencontrer des gens et de partager avec eux cette expérience. On a aussi pu visiter le Portique, un lieu d’art contemporain, où sont exposées de belles sculptures. On nous a expliqué la démarche de l’artiste. C’est à refaire, je trouve, souligne Michel.

Si l’exposition du Portique n’a pas séduit tous les participants, tous ont apprécié de découvrir un nouveau lieu et de partager cette expérience avec d’autres.

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Un projet collectif

En participant à un projet collectif, Nelly a réussi à maîtriser sa timidité et à prendre la parole en public.

En participant à un projet collectif, Nelly a réussi à maîtriser sa timidité et à prendre la parole en public. (©S.B./76actu.)

Aldrick, Aymeric et David ont choisi de travailler ensemble. « Naturellement, on s’est regroupé. Cette activité, c’est une vraie découverte qui fait émerger les qualités de chacun. Puis, ça détend », indiquent les participants.

Tous apprécient de mener un projet collectif qui rompt avec l’isolement et permet de « faire des activités auxquelles on n’est pas habitué ».

Nelly avait déjà participé, en juillet 2019, à l’atelier animé par l’artiste caennais, Paul Duncombe. Une rencontre avec l’art qui l’a changée :

Avant ces ateliers, j’étais très timide. Je n’arrivais pas à prendre la parole en public. Je peux maintenant plus facilement parler avec des gens sans avoir peur. C’est le bénéfice d’être en groupe et de faire quelque chose ensemble.

Se remettre en route

Même bilan positif pour Guillaume qui apprécie la dimension collective et cette découverte d’une pratique culturelle et artistique.

L’ambiance est bonne. C’est un temps de rencontres et d’échanges. Je suis curieux de nature et la culture est un domaine qui m’intéresse. La pratique m’a permis de découvrir une technique. Si l’activité seule ne peut me redonner une confiance totale, ça participe à la remise en route, souligne Guillaume.

Par le truchement de ces ateliers, le Spip montre aussi aux personnes accompagnées que « la structure ne se limite pas à des actions de justice et réinsertion. Elle participe à l’intégration et à la construction d’un lien social », ajoute Guillaume.

Ces sessions artistiques permettent de sensibiliser des publics fragilisés à la culture, en restaurant leur confiance et en travaillant leurs compétences au sein d’un groupe. L’initiative favorise la rencontre avec l’art, avec l’autre, inscrivant la création dans une dynamique collective, qui souvent fait défaut dans le quotidien des personnes isolées.

*La mention sous main de justice concerne les populations suivantes : les personnes confiées par l’autorité judiciaire à l’administration pénitentiaire (personnes détenues, personnes en aménagement de peine et personnes suivies au titre d’une mesure de milieu ouvert), ainsi que l’ensemble des mineurs et jeunes majeurs suivis par la Protection Judiciaire de la Jeunesse et appelés dans ce document «jeunes sous protection judiciaire», qu’ils soient détenus, placés ou suivis au titre d’une mesure de milieu ouvert. Plus d’informations ici.

ART-GATEWAYS
Le projet est soutenu par le Ministère de la culture-DRAC de Normandie, la Région Normandie et le Ministère de la justice-Direction interrégionale des services pénitentiaires de Rnnes/service pénitentiaire d’insertion et de probation de Seine-Maritime (Spip76), dans le cadre du protocole Culture-Justice.

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