ENTRETIEN. Cendre Chassane est artiste associée au Volcan, scène nationale du Havre

ENTRETIEN. Cendre Chassane est artiste associée au Volcan, scène nationale du Havre

Cendre Chassane est artiste associée : pendant trois, le Volcan, scène nationale du Havre, va l'accompagner dans ses créations artistiques.

Cendre Chassane est artiste associée : pendant trois, le Volcan, scène nationale du Havre, va l’accompagner dans ses créations artistiques. (©Laurence Guillot.)

Depuis sa  création, Le  Volcan, au Havre (Seine-Maritime), s’engage auprès des artistes pour contribuer à  mettre à  leur disposition les moyens (techniques, humains ou  financiers) leur permettant de  créer. Pour la saison 2019-2020, elle compte deux artistes associés : Guillaume Vincent, musicien, et Cendre Chassane, auteure et metteuse en scène, fondactrice, avec Jean-Baptiste Gillet de la Compagnie Barbès 35.

Pendant trois ans, Cendre sera accompagnée par la scène nationale dans ses projets artistiques. Entretien avec une femme de lettres et de mots, pour laquelle culture et territoire sont indissociables. Son envie ? Faire participer les Havrais à sa création. 

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« Le Havre me rassure »

76actu : Dans le cadre de la saison 2018/2019, vous avez présenté Crocodiles au Volcan. C’est par le truchement de ce spectacle que s’est créé le lien avec la scène nationale ?

Cendre Chassane : Via ce spectacle, nous avons noué un lien avec le Volcan. Dans le cadre du projet artistique défendu par la scène nationale, il me paraît intéressant d’associer toute une équipe aux différentes étapes de la création. Au centre de cette résidence, le geste et l’écriture. 

J’ai, par ailleurs, un désir de me fondre dans les territoires, de travailler avec ce que je vois, ce que je vis.

Le Havre va donc être le cadre privilégié de votre travail pendant trois ans ?

J’ai découvert cette ville pour la première fois en janvier dernier. À peine étais-je à 200 mètres de la gare que j’ai eu envie de vivre dans cette ville. Elle me rassure : j’ai l’impression d’être chez moi. Puis, mon projet est en adéquation avec ce que défend la scène nationale.

Je travaille beaucoup autour du cinéma et Le Havre est une terre de cinéma.

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Créer avec les habitants

Avez-vous déjà des projets sur lesquels vous travaillez ou êtes-vous en cours de réflexion ?

J’ai proposé à Jean-François Driant (directeur de la scène nationale, NDLR) différentes recherches et approches. La saison prochaine, avec les comédiens de ma compagnie, nous devrions présenter Nos films, un projet construit autour de récits de films. Il s’agit de raconter les films qui ont marqué. Je voudrais décliner ce projet avec les Havrais, toutes générations confondues.

Pouvez-vous nous en dire davantage sur ce travail en lien avec les habitants ?

En 2021, le Volcan fêtera les 60 ans de la scène nationale. Ce projet, baptisé Movie Movie, serait l’occasion de faire raconter à 60 habitants 60 films. Il s’agit de souligner la valeur patrimoniale du cinéma et d’aller à la rencontre de différents groupes socio-culturels. 

Le cinéma est un objet commun. À partir des films, matières de récits, on fait émerger une parole et une intimité. Chacun raconte le film à travers son prisme, voire extrapole autour de ce film.

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Trois projets de création

Une manière de souligner le lien très étroit qu’entretient la ville avec le septième art ?

Le Havre est une ville où il y a beaucoup de tournages. La scène nationale fut même dirigée par un cinéaste, Raoul Ruiz. Fin 2021, je voudrais pouvoir sortir quelque chose de ce chantier mené avec les habitants. L’idée, c’est de créer une cacophonie de récits pour habiter les lieux de la ville. On pourrait aussi imaginer un travail en commun avec Guillaume Vincent, musicien et artiste associé.

Cette résidence de trois ans est, pour vous, l’occasion de mettre en place plusieurs projets.

Oui, outre ces deux projets, j’ai un projet d’écriture : Nos vies est une pièce pour neuf acteurs, qui parle de nos conditions de travail et de la vie d’une troupe. Il s’agit de questionner les crises que nous traversons et de nous interroger sur la manière dont elles résonnent avec notre travail.

Le monde est en ébullition. Ici ou ailleurs, tout bouge. Comment les artistes réagissent-ils dans ce contexte de crise, dans un domaine de création qui est, lui aussi, en crise ?

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Observer, s’inspirer…

Vous êtes très attachée au territoire, à l’humain. La ville est, pour vous, un espace d’expérimentation ?

La ville m’offre un champ d’observations sur la condition sociale, la condition humaine. Au Havre, on a une population ouvrière, de travailleurs. Je regarde ce qui se passe ici et je considère cela déjà comme un acte politique. J’ai trois ans pour observer, m’inspirer.

La culture a été toujours été un secteur fragile. Pour une compagnie, bénéficier d’un accompagnement de trois ans, c’est un peu cesser d’être dans l’urgence ?

C’est un soutien réel. C’est magnifique. Les compagnies consacrent autant de temps à la recherche de soutiens et de moyens qu’à la création. C’est précieux de pouvoir poursuivre des projets avec cet accompagnement.

Quand on crée, il faut tout le temps se battre, tout le temps résister.

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La culture : résister au diktat libéral

La culture demeure un sport de combat ?

Il faut se battre pour faire reconnaître et affirmer que la culture, c’est le terreau d’une société. Il faut tout le temps le dire et le redire. Il faut lutter face à la société de consommation et à l’industrie culturelle. La culture, c’est la diversité, l’inconnu, l’inattendu. 

L’artiste est une figure nécessaire à la société : il regarde le monde, en dehors du diktat commercial et libéral. La production artistique désarçonne. Cela permet de sortir de l’aliénation.

76actu

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