C’est l’entreprise Sedibex près du Havre (Seine-Maritime) qui sera chargée de traiter les fûts endommagés par l’incendie de Lubrizol à Rouen. (©Sedibex)
Un mois après l’incendie de l’usine Lubrizol, les opérations de décontamination des fûts ont officiellement débuté sur le site de l’entreprise à Rouen (Seine-Maritime), lundi 28 octobre 2019, après les premières phases de tests. Elles devraient durer environ deux mois.
Le traitement des fûts devraient commencer demain sur le site de #Lubrizol. Des tests étaient réalisés aujourd'hui. pic.twitter.com/v8jhzaY4fn
— 76actu (@76actu) October 22, 2019
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Neutraliser les matières
Une grande structure, une tente blanche de 1 000 m², a été installée sur place pour pouvoir manipuler les fûts toujours plein – contenant des additifs pour lubrifiants – mais endommagés par l’incendie. Ces fûts ne sont pas maniés directement par l’homme. C’est un robot contrôlé à distance qui est chargé de trier, de traiter et de neutraliser les matières pour préparer leur évacuation.
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Avant tout transfert, les produits sur le site doivent être neutralisés. « Toutes les précautions sont prises afin d’éviter que du mercaptan (ndlr un gaz soufré toxique et nauséabond) se dégage », indique l’entreprise Lubrizol, contactée par 76 actu.
Elle détaille aussi les modalités de cette gigantesque opération de neutralisation.
Le contenu des fûts, c’est-à-dire la partie liquide, va être aspirée et traitée avec de la soude afin de neutraliser et faire en sorte qu’on se retrouve avec un produit de base. Lorsque le fût va être sondé, c’est à ce moment que du mercaptan pourrait éventuellement se dégager : il suffit de très peu pour qu’une odeur se ressente. Mais il y a tout un système d’aspiration de l’air traité par les installations permanentes de Lubrizol. Enfin, la dernière partie concerne les carcasses de fûts, qui vont elles aussi être totalement neutralisées.
Après cette première étape indispensable, les fûts et les contenus doivent être acheminés dans un centre de traitement spécialisé.
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Où seront acheminés les fûts endommagés ?
C’est l’entreprise Sedibex, située sur la zone industrialo-portuaire à Sandouville, près du Havre (Seine-Maritime), qui a été mandatée pour traiter les fûts, au préalable déconditionnés par les agents sur le site de Lubrizol. La société, spécialisée dans le traitement et la valorisation des produits dangereux depuis 42 ans, est l’une des plus grosses usines de ce type en Europe.
Elle travaille en étroite collaboration avec Lubrizol depuis une quarantaine d’années, et a déjà réceptionné plusieurs matières depuis le 26 septembre 2019, comme des « eaux d’extinction ou des fûts brûlés », indique son directeur François Thuillier. Recevoir les produits de Lubrizol n’est donc pas une première pour cette entreprise de 86 employés.
Nous faisons ça tous les jours. Il n’y a pas de variante de fonctionnement car les produits de Lubrizol arrivent sur notre site, explique François Thuillier.
Des analyses doivent pourtant, au préalable, être effectuées, afin de détecter la présence de composés éventuellement soufrés : « Dans le cadre du traitement des déchets dangereux et de la réception, on fait systématiquement un pré-échantillonnage du déchet. Ensuite, nous émettons un certificat d’adaptation qui permettra de nous prononcer sur la prise en charge par Sedibex », précise-t-il.
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Un transfert très réglementé
Pour acheminer les fûts jusqu’à l’entreprise Sedibex, des mesures de précaution vont être respectées, en vertu de l’Accord européen ADR (Accord for Dangerous goods by Road). Cette réglementation est spécifique au transport, chargement et déchargement des marchandises dangereuses.
Les matières ainsi que les carcasses de fûts vont être déposées dans des « bennes étanches, sur des camions-citernes. Et ces engins motorisés doivent être pilotés par des conducteurs qui détiennent des habilitations pour transférer ce type de produits. »
À la réception du camion, « un échantillon est prélevé sur le chargement et des analyses de contrôle sont réalisées » avant d’envoyer les fûts vides au broyage « afin de les préparer à les introduire dans le four », développe François Thuillier. Ces fours d’incinération des déchets spéciaux fonctionnent à des températures oscillant entre 900 et 1 000°C. 24 heures sont nécessaires pour traiter entièrement une benne.
L’entreprise peut recevoir chaque année jusqu’à 200 000 tonnes de produits catégorisés dangereux. (©Sedibex)
Et fait étonnant : les matières traitées vont être réutilisées par les entreprises de la zone industrialo-portuaire du Havre. C’est ce que Sedibex nomme le processus de « valorisation énergétique » .
« Pour traiter les gaz nous sommes obligés de les refroidir, donc il faut les redescendre à 300°C pour pouvoir les faire passer dans les systèmes de traitement. L’installation est pourvue de trois chaudières qui fabriquent de la vapeur. On va la revaloriser de deux manières : une valorisation électrique, consommée par l’installation et qui diminue la consommation d’électricité sur le réseau. Ou alors cette vapeur sera envoyée dans un réseau de tubes qui va alimenter directement les process d’industriels de la zone pour leur éviter de consommer des énergies fossiles », précise le directeur.
L’entreprise Sedibex estime que les premiers chargements arriveront sur son site début novembre.