La commission d’enquête sénatoriale sur l’incendie à Lubrizol a débuté ses investigations à Rouen, jeudi 24 octobre 2019. (©MN/76actu)
La commission d’enquête sénatoriale a démarré ses investigations sur l’incendie à l’usine Lubrizol, jeudi 24 octobre 2019, en se déplaçant à Rouen (Seine-Maritime). Une venue considérée comme « très utile et très intéressante », par le président de la commission, le sénateur de l’Eure Hervé Maurey.
Sur « un temps ramassé », de 9 heures à 15 heures, une douzaine de sénateurs se sont rendus sur le site de l’entreprise, où ils ont rencontré les services de sécurité, les directions des usines Lubrizol et Normandie Logistique, ainsi que les délégués du personnel. Ils ont ensuite participé à une réunion de travail avec les services de l’État et du Service départemental d’incendie et de secours (Sdis). Enfin, ils ont rejoint une « séquence un peu rapide » avec les élus du territoire, les chambres consulaires et les associations. Les élus n’ont pas souhaité évoquer le cas de l’entreprise Normandie Logistique, lors de cette venue à Rouen.
Au vu du nombre d’acteurs rencontrés, autant dire que la collecte d’informations a été réalisée plutôt en surface. « On n’a pas encore tous les éléments, loin s’en faut, pour répondre aux questions qu’on se pose et que l’opinion se pose », assurait Hervé Maurey. Une donnée a pourtant marqué le président et les rapporteurs :
On nous a dit, et c’est une première, qu’à un moment les pompiers avaient manqué d’eau. Il y avait visiblement un problème dans le débit d’eau dont disposait les pompiers.
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« Une piste de réflexion importante »
« Une rupture d’alimentation et de mousse également », a précisé la rapporteuse Christine Bofanti-Dossat, qui a indiqué que cet élément factuel est celui qui a surpris le plus les sénateurs. Ils s’attacheront à comprendre l’origine de ce déficit en eau, qui a poussé les pompiers à puiser dans la Seine. Il s’agit d’une « piste de réflexion et d’enquête importante », selon Hervé Maurey. « On se retrouve sans munition au bout de nos fusils », avait déclaré la veille, le colonel Jean-Yves Lagalle, directeur du Sdis, auditionné par les députés comme l’on relaté nos confrères de France Inter.
Hervé Maurey revient sur le problème d'eau des pompiers : "S'il n'y avait pas eu la Seine à côté, l'incendie n'aurait pu être maîtrisé dans ces délais. Sans la baisse de débit, il aurait pu être maîtrisé plus tôt."
— Mathieu Normand (@oMatnor) October 24, 2019
« Ce feu gigantesque a été éteint en un temps record, 12 heures », a tempéré quant à lui le sénateur Pascal Martin, membre de la commission et sapeur-pompier de métier, tenant à souligner « le travail remarquable des sapeurs pompiers de Seine-Maritime et des départements extérieurs, ainsi que des sapeurs-pompiers de Paris », mais aussi le courage des salariés de Lubrizol, « intervenus au péril de leur vie pour éviter l’effet domino sur les autres sites ».
La difficulté face à ce sinistre pose la question des moyens du Sdis. « Il n’y a pas un Sdis de France qui soit en capacité seul de lutter contre un tel sinistre, a insisté Pascal Martin. Il y aura toujours besoin de la solidarité inter-départementale. » Pour éteindre un tel incendie, il a fallu s’assurer d’avoir de l’émulseur en quantité suffisante. « C’est ce qu’on appelle dans le jargon le ‘Top Mousse’, a-t-il détaillé. Cela représente 25 000 litres d’eau à la minute plus l’émulseur suffisant. »
Des besoin importants qui ont nécessité l’apport des entreprises mitoyennes en plus de celui des services publics avant « d’engager la bataille finale vers midi ».
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Des salariés « ébranlés, touchés et meurtris »
Mise à part cette donnée, aucune information « déterminante » ou « stratégique » n’est ressortie de la visite des sénateurs, a déclaré Pascal Martin. Cette première étape avait une portée symbolique, avec des sénateurs « à l’écoute » sur les lieux de l’incendie. « Le premier pas d’un cheminement qui va durer six mois », a détaillé Hervé Maurey. La commission mènera des auditions chaque semaine afin d’approfondir sa connaissance du sujet, dans le but d’améliorer les règles encadrant les sites Seveso, ainsi que la culture du risque dans la société française.
Fin de la conférence. Ce matin, les sénateurs étaient "plus en écoute", souligne Pascal Martin, qui affirme qu'aucune "information déterminante ou stratégique" sur l'incendie à #Lubrizol n'est ressortie des discussions. pic.twitter.com/RVL03o4lHM
— Mathieu Normand (@oMatnor) October 24, 2019
Venus « par respect pour les différents acteurs », les sénateurs ont pu ressentir toute la détresse d’une partie des salariés de Lubrizol. Très attachés à leur entreprise, « certains sont très ébranlés, touchés et meurtris par ce qu’ils ont vécu ». Ces derniers se sentent « attaqués et critiqués » depuis l’incendie. Ils se trouvent dans l’incompréhension et s’inquiètent pour l’avenir de leurs emplois. L’entreprise Lubrizol emploie 416 salariés.
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