Des habitants de l’agglomération s’équipent de masques de protection pour effectuer leurs trajets quotidiens à Rouen (Seine-Maritime) depuis l’incendie de Lubrizol, jeudi 26 septembre 2019. (©Archives M-N/76actu)
C’est un phénomène visible depuis l’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen (Seine-Maritime), jeudi 26 septembre 2019 : des habitants sortent désormais avec un masque de protection, pour leurs déplacements quotidiens. Et ce, malgré les analyses publiées par les autorités.
De leur côté, elles assurent que le port de masques est inutile. « Je comprends l’inquiétude mais il ne faut pas paniquer, il n’y a pas lieu de s’équiper de masques », déclarait Pierre André-Durand, préfet de Seine-Maritime, dès le lendemain de la catastrophe, vendredi 27 septembre.
Lire aussi : Incendie de Lubrizol : « Un état habituel de la qualité de l’air à Rouen », annonce le préfet
« Cela filtre très peu les particules fines »
Les masques de protection, « très recherchés » dans les pharmacies de l’agglomération les jours suivant la catastrophe industrielle, ne sont pourtant pas si efficaces.
Selon Gilles Dixsaut, pneumologue et président du comité national contre les maladies respiratoires, ils protègent certes des grosses particules, comme la poussière, mais sont inopérants face aux particules fines, les plus nocives. Il assure : « Ces masques en papier ne servent pas à grand-chose à part peut-être d’éviter les contaminations entre les personnes par la salive. »
Cela filtre très peu les particules fines et ça n’a pas d’effet sur les gaz, les mauvaises odeurs et les composés organiques volatiles qui s’échappent toujours du site (…) D’autre part ce n’est pas suffisamment étanche pour assurer une bonne protection.
Lire aussi : INTERVIEW. « Les gens ont raison d’avoir peur s’ils étaient sous le panache », à Rouen
Crainte face aux maladies respiratoires
Pour le médecin, porter ce type de masque est une façon de se rassurer.
C’est plutôt un placebo, les gens ont l’impression de se protéger avec ça mais ce n’est pas réellement efficace.
Certains riverains pourraient même développer certains symptômes, comme des irritations ou des maux de tête, de par l’effet nocébo. « À partir du moment où les gens craignent quelque chose, ils vont avoir des manifestations par somatisation de leur crainte (…) Les gens qui craignent les maladies respiratoires peuvent avoir des manifestations, ce sont des effets psychosomatiques. C’est tout à fait courant quand il y a des craintes au sein de la population », ajoute Gilles Dixsaut.
Face à la pollution, « la seule protection efficace est de s’éloigner des sources de polluants », soutient le médecin. Ou bien, de porter un masque à cartouche, largement utilisé dans l’industrie, notamment par les ouvriers opérant sur les sites de désamiantage. Mais ce type de produit, qui comporte plusieurs niveaux de protection, est dédié aux professionnels et a un coût, quelques centaines d’euros selon le spécialiste.
Lire aussi : Incendie chez Lubrizol à Rouen : le parcours du panache de fumée et ses retombées