Le procureur de la République de Rouen, Pascal Prache, a demandé au tribunal de condamné les deux frères Boutrif à quatre ans de prison, lundi 16 septembre 2019. (©Raphaël Tual/76actu)
Au sixième jour du procès du Cuba Libre à Rouen (Seine-Maritime), le procureur de la République a fait son réquisitoire lundi 16 septembre 2019. Devant le tribunal, il a demandé quatre ans d’emprisonnement ainsi qu’une interdiction définitive d’exercer une profession en lien avec l’infraction pour Nacer et Amirouche Boutrif, les gérants de ce bar qui a brûlé dans la nuit du 5 au 6 août 2016, causant la mort de quatorze personnes.
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Quatre ans d’emprisonnement requis
Alors que le maximum de la peine encourue est de 5 ans, le procureur de la République de Rouen, Pascal Prache, a demandé que Nacer et Amirouche Boutrif soient condamnés à une peine de quatre ans emprisonnement ainsi qu’à une interdiction définitive d’exercer ce métier. En tenant compte de « l’importance du respect des normes, des manquements des deux gérants face à cela et du drame épouvantable éprouvé par les familles des victimes », il estime qu’une peine aménageable n’est pas à propos.
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Un drame « inévitable »
Dans un silence de plomb, à chaque manquement avéré des frères Boutrif que le procureur Pascal Prache égrène, il interpelle directement Catherine Héron : « Madame la présidente, premier manquement… » En tout, il en comptabilise une dizaine ; le changement de catégorie du bar en boîte de nuit sans avoir prévenu quiconque, la non-conformité de l’escalier descendant vers la cave, la porte de secours fermée, le balisage de sécurité non visible (la porte de secours était couverte de mousse comme les murs), les travaux d’isolation utilisant des mousses isolantes fabriquées dans un matériau hautement inflammable, un extincteur dans la cave qui n’avait pas eu de vérification annuelle depuis quatre ans au moment des faits, aucun système d’alarme incendie installé…
Une énumération de dysfonctionnements qui fait froid dans le dos tant elle pouvait présager le drame. Pour le procureur, « il n’y a absolument rien de conforme, cet établissement est une somme de manquements. (…) Ce qui est survenu était en fait inévitable et aurait pu survenir avant. Si on résume, absolument aucune disposition relative à la sécurité n’a été respectée ».
"Si on résume, absolument aucune disposition relative à la sécurité n’a été respectée. Ces manquements sont ceux qui ont conduit à la survenance du drame. (…) Ce qui est survenu était en fait inévitable et aurait pu survenir avant", dit le procureur en s'adressant à la cour.
— Astrid Verdun (@AstridNudrev) September 16, 2019
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Les frères Boutrif, tous deux responsables
En concluant son propos, le procureur de la République revient sur « la volonté de dissimulation sur la durée à l’ensemble des acteurs qui auraient pu jouer un rôle quel qu’il soit sur le fonctionnement du Cuba Libre et la multiplicité des manquements constatés ». Rappelons que les frères Boutrif avaient notamment dissimulé les travaux effectués dans la cave en 2013 en les cachant au propriétaire des lieux.
Dans son réquisitoire, Pascal Prache revient sur les travaux effectués pour insonoriser la cave du #CubaLibre et donc fidéliser la clientèle. Le procureur, sans détour, pose la question : "En clair, est-ce l'appât du gain qui a conduit à la mort de 14 personnes ?".
— Astrid Verdun (@AstridNudrev) September 16, 2019
Pour le procureur, il apparaît que les deux gérants sont responsables « au même niveau » des faits qui leur sont reprochés et remet en cause le fait qu’ils plaident l’ignorance des consignes de sécurité. « Nacer Boutrif a eu un rôle moteur, mais Amirouche Boutrif, qui intervient certes plus tardivement, a concouru aussi aux travaux en 2013 et devient gérant en 2015, donc il savait tout ».
« Ils ont essayé de se faufiler »
Puis, pour appuyer son propos, il revient sur l’ancienneté de Nacer Boutrif dans le métier : « En 2016, il a déjà 13 ans d’ancienneté alors il sait ce qu’il fait et ne fait pas, son frère aussi ».
C’est l’association de deux prévenus qui ont essayé de se faufiler selon le bon vieux principe « pas vu pas pris ».
L’après-midi du lundi 16 septembre sera consacrée à la plaidoirie des avocats de la défense, puis viendra le temps des délibérés pour connaître la condamnation des deux gérants du Cuba Libre. Le jugement sera connu le 22 octobre.