Le port du Havre détruit vu depuis l’église Notre-Dame. (©Archives municipales du Havre – Collection Fernez.)
« Mais pourquoi ces bombardements ? », a osé l’Ingénieur en chef de la ville du Havre (Seine-Maritime), dénommé Duhart, s’adressant à un officier allié qui venait d’entrer dans la ville le 12 septembre 1944, jour de la Libération de la ville. La réponse du colonel anglais fut claire et nette : « Pour éviter un combat de rue. Le précédent de Caen nous a montrés à quel point un tel combat peut être meurtrier… »
Les alliés auraient donc délibérément choisi de sacrifier des vies civiles du Havre pour préserver celles des combattants ?
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10 000 Allemands prisonniers
C’est dans une ville réduite en cendres que les troupes anglo-canadiennes sont entrées au matin du 12 septembre. Libérant ainsi du joug allemand la cité Océane. Peu avant midi, le commandement allemand, estimant que le combat était perdu, signifiait sa reddition pour préserver la vie de ses soldats. Plus de 10 000 hommes furent faits prisonniers.
Les alliés, qui furent accueillis en héros et sous les vivats partout où ils passèrent entre le 6 juin et ce 12 septembre, entre les plages d’Omaha Beach et Paris avant de remonter vers le nord, et auxquelles les jeunes femmes sautaient au cou pour arracher un baiser de liberté, se sont sentis étrangement seuls en pénétrant dans Le Havre.
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Des pertes humaines considérables
Au Havre, l’heure n’était pas à la fête et à la liesse. L’heure était au deuil. On enterrait les morts et on pleurait les disparus. Il n’est pas un seul Havrais qui n’ait perdu au moins une personne de son entourage.
Certes, la population qui était restée en ville, terrée dans les caves et les abris, a été soulagée de voir arriver les libérateurs. Mais c’est un état de sidération qui dominait après les jours de bombardements qui ont précédé. La population est comme hébétée après tant de violence et de feu. 2 000 civils sont morts ou portés disparus depuis le 5 septembre.
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La ville n’a pas le cœur à la fête
Dès ce 12 septembre, on enterre les corps à la va-vite, là où on trouve de la place : dans le square Saint-Roch, sur la place Thiers et la place Gambetta. Les corps qui n’ont pu être identifiés sont brûlés sur place pour éviter les épidémies. Non, le 12 septembre, le Havre n’a pas le cœur à la fête.
Dans la soirée, le maire, Pierre Courant, se rendra au monument aux morts qui a miraculeusement échappé à la destruction. Des milliers de Havrais sont là pour partager cet instant de liberté retrouvée, mais aussi pour rendre hommage aux victimes. On chantera la Marseillaise des larmes dans les yeux, en portant haut les drapeaux tricolores barrés de crêpe noir.
Pas de bal pour les libérateurs
L’ambiance est lourde. Le capitaine britannique Martin Lindsay notait dans son journal qu’il ne peut s’empêcher de constater que les habitants sont frais à son égard.
Nous n’aurions jamais dû permettre ces bombardements d’une partie de la ville qui eurent pour conséquence de faire cesser la vie dans ce qu’il en reste… Cela nous a rendu très impopulaires.
Les Anglais qui espéraient bien qu’un bal puisse être organisé, pour fêter la Libération, comme cela s’était fait ailleurs, restèrent sur leur faim. Il ne s’est pas trouvé un seul Havrais pour décider d’organiser la fête. Il faut dire que la ville aura payé un lourd tribut. Entre 1941 et le 12 septembre 1944, elle dut affronter plus de 3 000 alertes et subir 152 raids aériens. Au total, 5 153 civils havrais très précisément ont perdu la vie dans ces opérations.
Le général de Gaulle a redonné le sourire aux Havrais
Il faudra attendre le 7 octobre et la visite du général de Gaulle pour que la ville retrouve enfin le sourire. C’est dans une grande ferveur populaire que la population accueillait celui qui refusa d’abdiquer face au nazisme.
Traversant la ville en ruines, le général fut profondément marqué et déclara : « Il faut relever la France coûte que coûte… » Au balcon de la préfecture, il lancera : « Au Havre blessé pour la France, mais vivant, et qui sera grand. »
L’appel du général fut entendu. Dès l’hiver 1945, la circulation reprend, le tramway et le funiculaire fonctionnent à nouveau. La reconstruction de la ville sera confiée à l’architecte Auguste Perret, qui en fera un fleuron planétaire.
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