Plus d’une centaine de personnes, essentiellement des familles et des amis des victimes, se sont réunies devant le Cuba Libre pour se souvenir des 14 victimes de la nuit du 5 au 6 août 2016. (©SL/76actu)
C’est un moment extrêmement important pour les familles des disparus et les victimes : le procès des deux frères Amirouche et Nacer Boutrif, anciens gérants du Cuba libre, s’ouvre à Rouen (Seine-Maritime), lundi 9 septembre 2019. Trois ans d’attente pour espérer connaître « la vérité ». Dans la nuit du 5 au 6 août 2019, quatorze personnes ont perdu la vie et six autres ont été blessées. Les bougies du gâteau d’anniversaire d’Ophélie, qui fêtait ses 20 ans, avait mis le feu à l’établissement. Retour chronologique sur ces trois années qui ont bouleversé la capitale normande.
Une foule pour un hommage
Cinq jours après le drame, le 11 août, un hommage avait été rendu aux victimes. Une foule de près de 350 personnes s’était réunie. De nombreuses bougies et fleurs avaient été déposées devant le bar ravagé par les flammes. Le même jour, le procureur de Rouen, annonçait qu’une information judiciaire avait été ouverte le 9 août.
L’enquête a débuté par les autopsies des corps qui ont révélé les décès par asphyxie. Le 12 août, les familles ont été reçues par les enquêteurs de la police judiciaire.
Près de 350 personnes s’étaient réunies pour rendre hommage aux victimes du Cuba libre. (©76actu)
Le bilan s’alourdit, Karima décède
Trois semaines après le sinistre mortel, le 1er septembre 2016, Karima décède des suites de ses blessures à l’hôpital Saint-Louis à Paris. Elle devait fêter ses 26 ans un mois plus tard. Comme la moitié des victimes, Karima, était venue fêter les 20 ans d’Ophélie, ce soir-là.
Un hommage à Karima a été rendu, le 5 septembre. Des dizaines de personnes avaient fait le déplacement lors de cette journée de douleur où le ciel déversait ses larmes.
Yvon Robert, le maire de Rouen, lundi 5 septembre 2016, devant Le Cuba Libre. (©76actu)
L’issue de secours « était fermée à clé »
Le même jour que l’hommage rendu à Karima, l’un des avocats des familles de victimes, Me Gérard Chemla révélait que « l’issue de secours était fermée à clé« . Pour lui, cette issue est devenue « un piège mortel », car les jeunes présents au sous-sol « se sont dirigés naturellement vers [elle], étant donné que l’escalier était embrasé donc extrêmement difficile à franchir ».
Dans une interview accordée à 76actu, Me Chemla regrettait « qu’il ne se soit rien passé en un mois d’enquête, notamment pour la prise en charge des familles des victimes ».
Fourneyron demande le changement de la loi
Le 8 septembre, on apprenait que la députée socialiste Valérie Fourneyron avait écrit au ministre de l’Intérieur de l’époque, Bernard Cazeneuve. Elle demandait un changement de la réglementation relative à la sécurité dans les bars.
Le 14 septembre 2016, les frères Boutrif ont été mis en examen pour « homicides et blessures involontaires ». Ils avaient été placés en garde à vue la veille.
Un rapport accablant
Me Gérard Chemla avait commandé une étude pour clarifier les circonstances du drame. Résultat : un document de six pages accablant. Ce rapport révélait, en octobre 2016, de nombreux dysfonctionnements, notamment que le Cuba libre classé ERP (Établissement recevant du public) aurait du être signalé en 4e, et non en 5e catégorie. Ce qui signifie que ses installations devaient répondre à des normes plus strictes, bénéficier d’un arrêté d’ouverture signé de la main du maire, et se soumettre à des contrôles réguliers. Cette étude révélait également que le plafond était, recouvert de mousses isolantes en polyuréthane. Un matériel hautement inflammable.
À la suite du courrier de la députée, Valérie Fourneyron et Yvon Robert avaient été reçus par Bernard Cazeneuve, le 11 octobre. Le ministre de l’Intérieur s’était publiquement prononcé en faveur d’une évolution de la réglementation des lieux recevant du public.
Les gérants reconnaissent leurs fautes
Le compte-rendu des auditions des deux frères Boutrif avait fuité dans la presse, fin octobre. « Tout est de ma faute », se serait effondré Nacer, propriétaire du fonds de commerce et salarié, face aux enquêteurs. Le second, gérant du bar depuis 2015, aurait exprimé ses regrets : « J’aurais préféré mourir avec eux. »
Le 16 décembre, un comité local de suivi des victimes de terrorisme (CLSV) a été installé par Juliette Méadel, alors secrétaire d’État à l’Aide aux victimes, lors d’une visite à Rouen.
En février 2017, la même Juliette Méadel annonçait que le préjudice d’angoisse allait être reconnu. « C’est la première fois qu’on reconnaît le préjudice d’angoisse pour un incendie », avait déclaré la secrétaire d’État, qui avait aussi annoncé qu’un accord-cadre avait signé pour accélérer l’indemnisation des victimes du Cuba libre.
Damien Adam ne veut pas de nouvelles normes
En juin 2017, la députée Valérie Fourneyron revenait à la charge pour exiger le changement de réglementation, en écrivant au nouveau ministre de l’Intérieur. « Depuis, il y a eu plusieurs changements de ministres de l’Intérieur (Bernard Cazeneuve, Bruno Le Roux, Matthias Fekl puis Gérard Collomb se sont succédé au poste, ndlr), il m’a semblé important de rappeler à Gérard Collomb qu’il fallait avancer sur ce sujet », avait déclaré l’ancienne ministre.
En juillet 2017, le tout nouveau député LREM Damien Adam, estimait, quant à lui, qu’il ne fallait pas suivre la voie de sa prédécesseur. « Nous préférons que les autorités se montrent vigilantes sur la sécurité plutôt que de revenir sur la réglementation », avait déclaré le parlementaire.
Un an après, de la peine et de la colère
En amont du rassemblement pour le premier anniversaire de l’incendie du Cuba Libre, une plaque commémorative a été posée devant l’établissement par la Ville de Rouen, le 3 août 2017. Un geste qui n’a pas fait l’unanimité.
Trois jours plus tard, un nouvel hommage était rendu aux quatorze disparus, un an après l’incendie. Familles et proches se sont rassemblés et recueillis, dans un hommage mêlant peine et colère. Le maire avait été pris à partie, notamment par Rémy Hubert, père de Zac, le DJ de la soirée, lors du drame.
Un nouvel hommage a été rendu aux victimes du Cuba libre, le 6 août 2017. (©SL/76actu)
Les investigations terminées
Le 16 octobre 2017, le juge d’instruction a expliqué aux victimes et familles de victimes que les investigations étaient terminées.
Le 11 octobre, une stèle où sont inscrits en lettres d’or le nom des quatorze morts a été installée devant le bar, rive gauche.
Le 25 janvier 2019, on apprenait que les frères Boutrif seraient jugés à partir du 9 septembre de la même année. La suite sera écrite par la justice. Ce procès hors norme se tiendra jusqu’au mardi 17 septembre.
La plaque, gravée du nom des 14 victimes du feu, a été scellée de l’autre côté de l’avenue Jacques-Cartier en face du Cuba Libre, dimanche 21 octobre 2018 à Rouen (Seine-Maritime). (©SL/76actu)