Maire depuis 40 ans d’une commune de 900 habitants en Seine-Maritime et président de l’union départementale des maires, Denis Merville constate une augmentation de la violence envers sa fonction. (©Illustration SS / Le Pays Malouin)
Il est maire LR depuis 40 ans d’une petite commune de 900 habitants, Sainneville en Seine-Maritime. Denis Merville est également le président de l’union départementale des maires (ADM76). Après le drame de Signes, il va mettre les drapeaux en berne devant sa mairie. Et surtout, il témoigne : « Aujourd’hui, nous, les maires des petites communes sommes en première ligne… »
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« Avant, les conflits se réglaient beaucoup plus facilement »
Denis Merville, comme beaucoup de maires du département qui ont décidé de mettre leurs drapeaux en berne à compter de mercredi 7 août, est très touché par le décès de Jean-Mathieu Michel.
J’ai demandé à ce que le drapeau de l’hôtel de ville du #Havre soit en berne dès demain matin, en hommage à Jean-Mathieu Michel Maire de #Signes. Pensées pour sa famille et les Signois.
— Jean-Baptiste Gastinne (@JBGastinne) August 6, 2019
Accidentelle ou pas, cette mort est injuste et elle n’aurait pas eu lieu si des gens avaient tout simplement respecté les règles du bien-vivre ensemble.
En 40 ans, Denis Merville constate que les choses ont bien changé dans ses relations avec les administrés. « Quand j’ai démarré et qu’une personne commettait une infraction, c’était très fréquent que le maire ou un élu aille voir la personne, lui signale cette infraction et que d’un commun accord l’affaire s’arrête là. L’administré donnait souvent 40 ou 50 francs selon ses moyens à une œuvre sociale de la mairie, on en parlait plus et surtout cela se faisait dans le respect de tous. »
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Musique, tondeuse et vitesse
Aujourd’hui, le maire de Sainneville estime : « Je pense que dans les petites communes comme dans des petites villes comme Signes, le maire est en première ligne quand il exerce son droit de police ou tout simplement quand il essaie de faire appliquer les règles de bien vivre ensemble. »
Un exemple très courant et qui vient de m’arriver il y a quelques jours, une personne de ma commune me téléphone pour me dire que son voisin fait du bruit jusqu’à plus de deux heures du matin, je me déplace, le voisin ne répond pas. Je le convoque en mairie, il ne vient pas. Il s’en fiche complètement en fait.
Autre exemple d’incivilité très fréquente dans les petites communes : « Les voitures qui roulent trop vite. je fais le signe au conducteur de ralentir et lui répond avec un doigt d’honneur… »
Vous demandez à quelqu’un d’être patient quand le voisin tond à 12h10, vous allez voir le voisin, il continue, vous prenez un arrêté municipal et … rien ne change ! »
La peur du coup
Denis Merville explique : « En tant que maire, les autorités nous disent que nous pouvons en appeler aux services de l’Agence régionale de santé ou de la gendarmerie, mais l’une ou l’autre si la situation se produit durant le week-end a évidemment bien autre chose à faire. Quant à nous, nous ne sommes pas équipés pour faire les relevés de bruit par exemple… »
Des maires du département ont témoigné auprès du président de l’union départementale ne plus vouloir se présenter au domicile des gens en cas de conflit de voisinage sans un adjoint pour les accompagner, « de peur de recevoir un mauvais coup. »
Des maires impuissants
La colère du maire est à son paroxysme lorsqu’il évoque les classements sans suite de plaintes. « Les dépôts sauvages, je pense que peu de maires n’y font pas face. Il y a quelques temps de cela, nous avions réussi après avoir pris le temps pour réunir toutes les pièces à identifier des auteurs sur ma commune de dépôts sauvages. J’ai déposé plainte, cela a été classé sans suite. »
En 2017, un homme achète un terrain sur une zone non constructible de ma commune, je lui fait signer une déclaration sur l’honneur pour qu’il ne construise rien. Nous sommes en 2019, il a construit une maison sur le terrain, malgré mon dépôt de plainte et toutes mes démarches auprès du procureur, de la sous-préfète, de la préfète de l’époque… Bref toutes mes démarches n’ont servi à rien et, en plus, cet homme a réussi à me menacer !
Denis Merville en est certain, « À la place de Jean-Mathieu Michel… j’aurais fait exactement pareil. » Et si la lassitude est bien là quant il s’agit d’évoquer la montée de la violence dans sa commune, Denis Merville explique : « Mon engagement envers les gens de ma commune je le vis depuis 40 ans et malgré tout ce que je viens de vous dire, je ne suis pas découragé. »