Crash d’août 1944 en Seine-Maritime : la stèle du Mont-Rouvel cédée au Canada

Crash d’août 1944 en Seine-Maritime : la stèle du Mont-Rouvel cédée au Canada

Chez lui et son épouse à Sotteville-lès-Rouen (Seine-Maritime), Adrien Jobin montre sa médaille de combattant de l’ombre remise par le président des anciens combattants de Normandie. 

Chez lui et son épouse à Sotteville-lès-Rouen (Seine-Maritime), Adrien Jobin montre sa médaille de combattant de l’ombre remise par le président des anciens combattants de Normandie.  (©NG/Le Bulletin)

Au cours de cet été 2019, la stèle du Mont Rouvel érigée à Bois-Héroult (Seine-Maritime) va être cédée au Canada qui sera chargé de l’entretien. Déjà à l’origine de la commémoration chaque 18 août, Adrien Jobin en est l’initiateur. Rencontre avec Adrien Jobin, qui perpétue le souvenir des deux aviateurs qui se sont crashés le 18 août 1944 : Arthur Kemp, officier pilote du Lancaster de la Royal Canadian Air Force et William Jones, bombardier. 

Une initiative d’Adrien Jobin

Comme le cimetière américain de Colleville-sur-Mer (Calvados), propriété des États-Unis, le terrain de la stèle du Mont Rouvel à Bois-Héroult (Seine-Maritime) va bientôt devenir une concession perpétuelle faite par la France au Canada. Âgé aujourd’hui de 94 ans, le Normand Adrien Jobin a engagé cette démarche afin que l’entretien de ce lieu de mémoire continue à se faire éternellement. Le site sera désormais à la charge du Canada.

Cela va aussi être bénéfique pour la commune de Bois-Héroult car il va y avoir beaucoup plus de visites.

Une association créée

Parallèlement à ce changement, Adrien Jobin va créer une association afin de récolter des fonds destinés à l’entretien. Il sera assisté par André Raulic, trésorier tandis que M. et Mme Leput seront membres de l’association. Dans un premier temps, le nonagénaire en sera le président mais il aimerait transmettre le relais à quelqu’un d’autre. Toutes les démarches d’Adrien Jobin s’inscrivent dans le but d’assurer la pérennité de l’entretien et la mémoire de la stèle…

Le 18 août 1944 et les jours suivants ont en effet été figés à jamais dans la mémoire du jeune Adrien Jobin né à Rebets, alors âgé de 19 ans : ce sont ceux de l’épopée d’Arthur Kemp, officier pilote du Lancaster de la Royal Canadian Air Force et William Jones, bombardier de l’appareil.

Deux Canadiens fugitifs des Allemands

Après le crash de leur avion le 18 août 1944 au Mont Rouvel, les deux Canadiens sont devenus des fugitifs se cachant dans la campagne pour échapper aux Allemands. Ils ont été aidés par des habitants dont Adrien Jobin qui se souvient de ces quelques jours comme si c’était hier :

Le 28 août 1944, les deux fugitifs sont à Rebets. Vers 11 h 30, ils sortent du bois et demandent de quoi se nourrir à mon cousin André Liévin. Le midi, en venant déjeuner, André nous explique qu’il a vu deux hommes qui avaient faim. Vers 13 h 30, nous nous rendons avec mon cousin Étienne Larue au point indiqué avec quelques victuailles. Nous faisons connaissance avec les deux Canadiens.

Il poursuit : « Le soir, Étienne les emmène aux Huées dans la maison du père Roussel, où ils séjournent jusqu’au 31 août 1944. Puis ils ont pris contact avec l’armée de la Libération. »

Une vie imprégnée par cette épopée locale

Agriculteur à Rebets jusqu’en 1946, puis ouvrier dans les travaux publics (dynamiteur, forgeur, conducteur d’engins) au sein de l’agglomération rouennaise, Adrien Jobin a été imprégné toute sa vie par cette incroyable rencontre avec ces deux Canadiens. Mais depuis qu’il a pris sa retraite dans les années 1990, il s’est beaucoup consacré à perpétuer la mémoire de cette stèle du Mont-Rouvel. Sous son impulsion, un dépôt de gerbe a lieu tous les ans sur la stèle du Mont-Rouvel depuis le 18 août 2000. Cette même année, l’émotion était à son comble puisqu’il a traversé l’Atlantique pour rencontrer Arthur Kemp au Canada, mais pas John Williams, décédé deux ans plus tôt.

Un bureau entièrement dédié au crash du Mont-Rouvel

Au premier étage de sa maison à Sotteville-lès-Rouen, Adrien Jobin a aménagé un bureau qui ressemble plus à un laboratoire musée. Cette pièce regorge de documents, médailles, de cartes, photos, articles de presse sur l’épopée du crash du Mont-Rouvel. Adrien Jobin a même équipé cette pièce d’un téléviseur et d’un magnétoscope pour pouvoir regarder et montrer à ses hôtes des films amateurs des lieux tournés en 1994 et où l’on marche sur les traces du périple des deux Canadiens dans la campagne.

Dimanche 18 août 2019, Adrien Jobin espère être à nouveau présent à la commémoration de la stèle de Bois-Héroult. Comme chaque année et jusqu’au bout.

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