Histoire. Le tourisme est né en Normandie : qui étaient les premiers visiteurs ?

Histoire. Le tourisme est né en Normandie : qui étaient les premiers visiteurs ?

Château de Thevray. Lithographie de Charpentier, vers 1850, extraite de la Normandie illustrée.

Château de Thevray (Eure). Lithographie de Charpentier, vers 1850, extraite de la Normandie illustrée. (©Laurent Ridel)

En 2018, la Normandie a connu un record de fréquentation touristique, la plaçant en 2e position derrière l’Île-de-France et devant la Provence-Alpes-Côte d’Azur ou la Bretagne. Pourtant, il y a 200 ans, vous auriez eu peu de chances de croiser un touriste. Portée par un patrimoine historique exceptionnel et des rivages magiques, l’attractivité de la région se dessine au cours du XIXe siècle. Curieusement, les Anglais sont à l’origine de cet essor.

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Des touristes au Moyen Âge ?

Qui sont les premiers touristes en Normandie ? Peut-être les curistes qui partent se soigner dès le XVIIe siècle à Forges-les-Eaux et à Bagnoles-de-l’Orne. Osons remonter plus loin. Les pèlerins qui se rendent au Mont-Saint-Michel ne sont-ils pas les pionniers ?

Pas exactement. Car, au sens strict, un touriste se définit comme un homme ou une femme qui voyagent pour son agrément. Un curiste ou un pèlerin obéit à d’autres motivations principales.

Les premiers visiteurs de la Normandie sont plutôt à rechercher dans cette jeunesse dorée des XVIIe et XVIIIe siècles. L’élite européenne envoie alors ses rejetons, adolescents ou adultes, parcourir le continent. C’est bien connu : les voyages forment la jeunesse. Ces jeunes gens — exclusivement des hommes — font ce qu’on appelle le grand Tour (d’où naîtra le mot “touriste”).

La Normandie se trouve parfois sur leur chemin. Mais à cette époque, la région attire peu, car elle manque de tout ce que recherche un bon fils de famille cultivée : des vestiges de l’Antiquité romaine à admirer et une prestigieuse Académie où côtoyer des intellectuels et des écrivains.

Des touristes venus d’Angleterre

L’âge du tourisme commence véritablement au début du XIXe siècle quand se révèlent les richesses normandes. Ce sont notamment nos voisins anglais qui en sont les prospecteurs. Chez nous, ils se sentent presque chez eux. Au temps de Guillaume le Conquérant et de ses successeurs, les deux rives de la Manche ne partageaient-elles pas le même souverain ? Visiter les abbayes et les châteaux normands, découvrir les tombeaux des ducs de Normandie à Caen et à Rouen, c’est pour les Britanniques retrouver leur histoire. 

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Parmi ces pionniers, on trouve de célèbres peintres (Turner, Bonington) et des « antiquaires » (comprendre des amateurs d’architecture ancienne et d’archéologie). Ils reviennent de leur voyage chargés de dessins, qui seront pour certains gravés et publiés. La publicité des sites normands est assurée.

Victor Hugo et les autres

Bientôt, les Français s’intéressent à leur tour à la Normandie. L’engouement pour le Moyen Âge, et le romantisme favorisent la découverte de cette région si riche en ruines et monuments du Moyen Âge.

En 1837, Stendhal cherche en Normandie l’inspiration pour son prochain roman. Il est précédé par Victor Hugo. L’auteur de Notre-Dame de Paris s’enthousiasme pour la baie du Mont-Saint-Michel, Rouen ou Jumièges autant qu’il peste contre les dégradations ou les destructions que font subir certains curés à leurs églises.

Pour qu’aucune de ces merveilles n’échappe au visiteur, sont publiés les premiers guides touristiques. Outre les monuments médiévaux, leur rédacteur recommande les points de vue comme la Côte-Sainte-Catherine d’où le touriste bénéficie d’une vue majestueuse sur Rouen ou la Côte de grâce, près de Honfleur, d’où se contemple l’estuaire de la Seine.

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L’engouement pour les rivages

L’afflux touristique croît au rythme de l’amélioration des moyens de transport. Le voyage dans les inconfortables diligences est supplanté par les bateaux à vapeur qui naviguent sur la Seine (dès les années 1810). Puis le chemin de fer déploie ses rails à partir de Paris. Rouen est atteinte en 1843, Dieppe en 1848, Cherbourg en 1858… Un voyageur parisien parvient au Havre en moins de 5 heures désormais. Chacun, du moins dans la haute société, peut s’autoriser un “week-end” en Normandie.

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Mais ce n’est plus seulement l’histoire ou les monuments qui attirent les vacanciers. C’est la mer. Le touriste y vient se baigner, se promener et s’étourdir dans les bals, dans les concerts et les jeux. Autre temps, autres mœurs, il ne cherche pas à bronzer sur la plage. Bien au contraire, il fait bien attention à se protéger des coups de soleil.

Les nouvelles destinations à la mode sont donc les stations balnéaires, qu’elles soient anciennes (Dieppe, Trouville, Granville) ou créées dans ce but (Deauville, Cabourg…).

Après 1850, la Normandie s’élève comme la première région touristique de France, mais le phénomène est très concentré. Le touriste s’aventure rarement dans la campagne normande, il ignore encore les rivages sauvages du Cotentin. Bientôt viendra leur tour.

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