Mardi 3 juillet 2019 au tribunal correctionnel de Rouen, un homme comparaissait pour avoir volontairement renversé le vigile d’une boite de nuit. (©Illustration / Adobe Stock)
Le 30 décembre 2018 vers 5h40 du matin à Roumare, près de Rouen (Seine-Maritime), les gendarmes sont requis pour se rendre à la discothèque la Brocherie, où deux personnes ont été blessées à la suite d’une rixe. À leur arrivée, les témoins leur expliquent que la rixe a commencé entre deux bandes d’individus, à l’intérieur de l’établissement. Les jeunes sont expulsés par les agents de sécurités, et sur le parking, les tensions semblent s’apaiser jusqu’à ce qu’un individu circulant dans une Twingo « rose ou rouge » vienne renverser un agent de sécurité, qui sous la violence du choc « passe par-dessus le véhicule et retombe sur son épaule ». Le conducteur a ensuite pris la fuite.
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La victime, un agent de sécurité mesurant près de deux mètres pour 140 kilos, indique aux gendarmes connaître l’auteur des faits : « c’est un habitué ». Puis, quelques jours plus tard, après avoir fait sa « petite enquête », celui-ci revient voir les forces de l’ordre et communique cette fois l’identité du client, l’identifiant formellement sur une planche photographique.
Les gendarmes enquêtent sur ce jeune homme, et constatent qu’il détient une Twingo correspondant au signalement des témoins. Sur le véhicule, ils remarquent une trace de choc « pouvant correspondre à l’impact du corps de la victime », indique le tribunal. Les gendarmes recherchent l’individu, et celui-ci se présente finalement de lui-même à la gendarmerie, quelques mois plus tard.
« Il viole à deux reprises son contrôle judiciaire »
Interrogé sur les faits devant le tribunal mardi 2 juillet 2019, Julien*, 23 ans, bientôt père de famille, nie catégoriquement : « je n’ai rien fait, ce n’est pas mon véhicule qui était là-bas ce soir là, je ne comprends pas ce que je fais ici, je n’ai rien à voir avec toute cette histoire ».
« Pourtant, deux témoins et la victime vous ont formellement reconnu : comment expliquez vous cela ? », s’interroge le tribunal. « Ma voiture n’est pas rose ! En effet, il m’arrive d’aller à la Brocherie, mais je n’y étais pas ce soir-là, je prête souvent mon véhicule à des amis, mais je ne sais plus qui l’a utilisé ce soir-là » se défend le prévenu.
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Bien que son casier judiciaire ne porte trace d’aucune condamnation, Julien est en détention provisoire, et pour cause : suite à cette affaire, il a été placé sous contrôle judiciaire avec interdiction de conduire tout véhicule à moteur, mais lors d’un contrôle routier un peu plus d’un mois plus tard, il a été pris en flagrant délit de conduite. Il a donc été placé en détention provisoire. Le 24 mai 2019, le tribunal a décidé de le remettre en liberté, à nouveau sous contrôle judiciaire, avec toujours cette même interdiction… et là encore, 10 jours plus tard, il a été contrôlé sur un scooter.
« Ça démontre votre incapacité à respecter les décisions de justice » souligne la présidente. « Je regrette, la première fois c’était pour du travail, la seconde pour aller pointer au commissariat », explique-t-il.
«Blessures graves, état psychologique dramatique»
Pour la victime, la guérison est difficile, l’homme souffre encore de douleurs, et n’a pu reprendre son travail depuis les faits. Son conseil indique pour sa part que le prévenu est délibérément venu percuter son client en faisant une embardée à droite, et ajoute que son client est dans un état psychologique dramatique, actuellement suivi par un psychiatre et un psychologue. En raison de la gravité des blessures, il demande au tribunal de renvoyer l’examen des dommages et intérêt à une autre date, « le temps pour moi de mettre en cause l’assurance du prévenu ».
Pour le ministère public, la culpabilité de Julien ne fait aucun doute. Une peine de 10 mois d’emprisonnement ferme et un maintien en détention sont requis.
De preuves insuffisantes, pour l’avocate de l’accusé
Pour l’avocate de Julien, plusieurs éléments prouvent son innocence : le véhicule n’est pas rose mais rouge, aucune plaque d’immatriculation n’a pu être relevée, et le petit impact sur le véhicule ne peut pas correspondre à un choc violent d’un personne pesant près de 140 kilos. Elle ajoute : « la seule chose qui implique mon client, c’est la victime, et cela ne peut pas suffire », ajoutant que la géolocalisation permet ce soir-là de le situer à son domicile. Elle demande la relaxe.
Le Tribunal n’entendra pas les arguments de la défense, et sera plus sévère avec Julien, en le condamnant à la peine d’un an d’emprisonnement ferme, ordonnant également son maintien en détention.**
*Les prénoms ont été modifiés.
** Cette peine est susceptible d’appel. Toute personne est présumée innocente tant que toutes les voies de recours n’ont pas été épuisées.
De notre correspondant Frédéric Bernard