Audrey, Marion et Bénédicte, trois amies parisiennes, ont dormi dans le camping flottant du Pop up park de l’Armada de Rouen, dimanche 9 juin 2019. (©RT/76actu)
« Il est deux heures du matin, le site de l’Armada ferme ses portes. Merci à tous », scande un homme dans les haut-parleurs. Je me blottis dans mon sac de couchage, sur la Seine. Comment me suis-je retrouvé dans cette galère ?
« Vous avez perdu un pari pour vous retrouver ici ? », questionne Marion, dimanche 9 juin 2019, quelques heures auparavant, semblant prédire la nuit chaotique que j’allais passer. Je lui retourne la question. Cette Parisienne, qui vient rendre visite à ses parents de Rouen (Seine-Maritime), est ici de son plein gré avec deux autres amies, parisiennes également, sur le camping flottant du Pop-up park de la Métropole.
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20 tentes en carton
« Je suis cyclo et le concept m’a intéressé. Finalement, je ne suis pas venue en vélo, mais en train », explique Marion. À l’origine, ce camping composé de 20 tentes en carton conçues pour résister à la pluie était réservé aux cyclistes. Le but était d’encourager la mobilité douce… apparemment pas suffisamment répandue. « Le lieu s’est ouvert aux autres touristes, il n’y a pas eu assez de réservations », concède un bénévole de l’association Guidoline, qui cogère l’endroit.
L’#ArmadaRouen2019 : je suis en poste à l’entrée du 108, devant le Pop up park. Je me prépare à passer une nuit dans le camping flottant. Un camping conçu pour les cyclistes. On va voir… @76actu pic.twitter.com/f9dNsmFSNH
— Raphaël Tual (@raphtual) 9 juin 2019
J’ai respecté l’esprit du lieu, en venant avec mon propre vélo, sur cette barge installée devant le 108, siège de la Métropole. Mon deux-roues, je suis allé le garer à l’entrée du parking du 106, à 500 mètres. Deux gardiens ont veillé sur lui pour que je puisse profiter de ma soirée insolite, au cœur de l’événement maritime.
« C’est cher, mais l’expérience est sympa »
Autour des tentes, Marion et ses amies Bénédicte et Audrey, ont rejoint les autres campeurs pour un apéro de bienvenue.
L’apéro continue, mais je pars aux concerts de la @RegionNormandie. Je reviendrai pour dormir. pic.twitter.com/kLkQziDUvS
— Raphaël Tual (@raphtual) 9 juin 2019
Justin, 18 ans, squattait la tente voisine de la mienne. Venu avec sa maman et sa petite sœur Elise de Buchy, il profite des petits-fours :
C’est d’être au cœur de l’Armada, sur l’eau qui m’a intrigué. On va pouvoir rentrer tard des concerts, regarder le feu d’artifice et rejoindre notre lit, à côté.
La barge offre une vue magique sur la Seine et les voiliers, amarrés rive droite. Une vue à 80 euros, la nuit. « C’est cher, mais l’expérience est sympa : se réveiller sur la Seine », se réjouit Marion.
Le sourire sur toutes les lèvres, des boissons, des mets délicieux, la soirée s’annonçait parfaite… jusqu’à ce que je découvre la nuit dans le cœur battant de l’Armada.
Mais avant, et c’est bien l’avantage du site, j’ai pu me rendre aux concerts de la Région, avec Bénabar en tête d’affiche. Le feu d’artifice ensuite. Une soirée, un régal. Je suis retourné rive gauche, par le pont Flaubert, pour regagner mon abri. Je n’ai pas été déçu.
⛵️#Armada2019 #Rouen le bouquet final 🎆 pic.twitter.com/9ygpJPX7WE
— Raphaël Tual (@raphtual) 9 juin 2019
Le balai incessant… des balayeuses
Ce n’est pas le confort qui peut être fustigé. Le carton offre une isolation adéquat contre le froid et la lumière et le matelas fourni par le Pop-up park fait bien l’affaire. Seulement la nuit, l’Armada ne sommeille jamais vraiment. Les bars de la rive droite crachent leurs sons jusqu’au beau milieu de la nuit. Un concert amplifié par les allers-retours des engins nettoyant les quais, entre 3 heures et 4h30 du matin. Je somnole avec en bande son le Kuduro et les balayeuses balançant leurs jets à haute pression.
Sorti rejoindre les sanitaires, sur la terre ferme, pour soulager une envie naturelle, le gardien du camping me conseille les bouchons d’oreilles. « Mais j’en ai! » Rien y fait. La nuit a été courte, ou plutôt très longue, voyant les minutes défiler.
Le réveil sur le camping flottant de la @MetropoleRouenN : le petit-déjeuner est servi par @_guidoline, avec les bénévoles qui interviennent en cas de problème sur les vélos 🚴👍 pic.twitter.com/K8FNnzR9Aq
— Raphaël Tual (@raphtual) 10 juin 2019
L’émerveillement
Au réveil, les désagréments de la nuit laissent place à l’émerveillement. Marion avait raison, se réveiller sur la Seine, quel privilège, en même temps que les marins du Cisne Bianco, appelés par un sifflet à rejoindre le pont.
Et heureusement, tous les campeurs n’ont pas ma tête. Ceux que je croise disent avoir bien dormi. C’est le cas d’Éric, Rouennais qui n’a pas hésité à dépenser les 80 euros : « Je suis un teufeur, je suis capable de m’endormir sur une enceinte en concert. » Il me reste quatre ans pour m’entraîner à cette pratique avant de revenir sur ce camping insolite.