Le samedi 12 janvier 2019, une équipe de LCI a été agressée pendant l’acte IX des Gilets jaunes, à Rouen. Cinq hommes ont été condamnés mercredi 5 juin. (©JBM / 76actu)
« Je n’avais pas de raison, c’était l’effet de groupe », a résumé l’un d
es cinq hommes jugés, mercredi 5 juin 2019 à Rouen (Seine-Maritime), pour l’agression d’une équipe de LCI survenue samedi 12 janvier lors de l’acte IX des Gilets jaunes. Un agent de sécurité avait subi une fracture du nez après avoir été frappé au sol. Âgés de 19 à 60 ans, les cinq hommes ont été condamnés pour les violences commises sur l’un des agents de sécurité. Ils ont été relaxés pour les violences soupçonnées sur les deux journalistes et sur le deuxième garde du corps.
Avec celles du 29 décembre et du 5 janvier, la manifestation du 12 janvier avait l’une des plus importantes, à Rouen, et aussi l’une de celles où le plus grand nombre de dégradations et de heurts avaient eu lieu.
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Les cinq ont reconnu leur participation à l’agression
Trois hommes ayant la vingtaine, socialement peu intégrés ; un trentenaire père de famille, en CDI depuis 19 ans et un sexagénaire tatoué passé de docker à programmateur informatique. Ce qui a réuni ses hommes au tribunal : l’agression de deux journalistes de LCI et de leurs deux agents de sécurité, place de l’hôtel de ville. Ils ont été pris à partie par des manifestants : insultés, menacés, ont reçu des projectiles ou ont été frappés. L’un des quatre, Martin*, agent de sécurité, a reçu plusieurs coups au sol, s’en sortant avec une fracture du nez, un enfoncement de la pommette et 20 jours d’interruption totale de travail (ITT). Les autres n’ont pas eu d’ITT.
Aucun n’a nié sa participation. Jérôme*, 38 ans, a reconnu avoir porté un coup de pied à un journaliste et pris son micro, qu’il a dit avoir confondu avec « une barre de fer ». Yann*, 20 ans, a expliqué avoir attrapé l’agent de sécurité et l’avoir maintenu au sol car il avait « pris un coup de matraque ». Jordan*, 19 ans, a lui frappé l’agent de sécurité « alors qu’il était au sol », a situé le président Manuel Urbano. Luc* a justifié ses coups de pied car il « a cru que c’était un policier » et qu’il voulait « se venger d’une interpellation », a-t-il expliqué aux enquêteurs. Et Serge*, 60 ans, a attrapé un des journalistes par la capuche après l’avoir coursé malgré l’embolie pulmonaire qui le fait tousser à l’audience. Ensuite, Serge a frappé l’agent parce qu’il s’est « trompé de personne ».
La matraque, interdite mais « sortie par nécessité »
Ils ont été identifiés avec des photos, des vidéos, la géolocalisation des téléphones ou à cause d’un tatouage, pour Serge. Quatre vidéos ont été diffusées. On y entend les insultes, on y voit une bouteille en verre exploser sur le sac à dos de Martin, qui conduisait l’équipe hors de la foule, de plus en plus hostile envers l’équipe.
Dans la foulée, l’agent a sorti sa matraque télescopique : « Je l’ai toujours, c’est une arme que je n’avais pas le droit de porter dans le cadre des Gilets jaunes, mais par nécessité je l’ai sortie », a-il justifié. Elle a été au centre des débats, après l’agression. Personne n’a déposé plainte contre lui pour des faits liés à cette matraque. Qui ne l’a pas aidé : un groupe d’une vingtaine de personnes l’a fait chuter au sol, la majorité le frappant. Il s’est « mis en boule pour éviter les coups », a rappelé le président du tribunal. Finalement, deux militants l’ont extrait.
De lourdes réquisitions dénoncées par les avocates
Les versions ayant émergé après l’agression – qu’il s’agissait de policiers ou de journalistes de BFM TV – ont été balayées par le ministère public. « Est-ce qu’on peut tolérer que des individus, journalistes ou policiers, soient lynchés en pleine rue à Rouen ? C’est un choix de société à faire », a martelé Cécile-Charlotte Lepage, requérant entre 12 et 15 mois de prison ferme pour les cinq hommes, s’appuyant sur la jurisprudence de la scène unique qui implique qu’il n’est pas nécessaire de qualifier la nature des coups tant que les auteurs sont identifiés.
Des réquisitions lourdes dénoncées par Mathilde Sanson, avocate de Luc. « Lui mettre 12 mois ferme, c’est lui faire payer pour tout le groupe présent », a-t-elle souligné. Au moins une vingtaine de personnes étaient aussi présentes autour du lieu de l’agression, dont certains n’ont pas été identifiés ou interpellés.
Chloé Chalot, l’avocate de Jérôme, a noté le caractère « emblématique » donné à l’affaire. Notamment pendant la visite du ministère de l’Intérieur, Christophe Castaner, le 8 avril à l’hôtel de police de Rouen : les images de l’agression étaient diffusées « en boucle » pour montrer le travail de la « cellule Gilets jaunes » chargée d’identifier les auteurs des dégradations commises à Rouen depuis novembre. L’avocate s’est aussi insurgée des fuites :
Nos clients ont été mis en garde à vue entre 8h30 et 9 heures le 6 mars. À 9h30, il y avait un article les qualifiant « d’ultracons ». Une enquête est en cours sur la sortie de cette info.
Dans leurs plaidoiries, les cinq avocates ont toutes souligné l’absence d’éléments probants au sujet des faits commis sur les trois autres membres de l’équipe. Ce dont a tenu compte le tribunal : sur les cinq hommes, un seul a été aussi condamné pour des violences sur un des journalistes. Mais tous les cinq ont écopé de six mois de prison pour les violences sur l’agent de sécurité, et devront payer 3 000 euros chacun à l’agent de sécurité.
L’incendie du commissariat Beauvoisine jugé dans la foulée
Juste après, Luc a également été jugé au sujet de la tentative d’incendie du commissariat Beauvoisine, qui s’est produite le même jour. Le jeune homme âgé de 19 ans, qualifié de « très immature » à la précédente audience, était accusé de complicité pour avoir empilé des poubelles devant l’entrée et les avoir incendiées. Quand il a été arrêté, le 11 avril, il avait frappé un policier au visage. Des faits pour lesquels il a aussi été condamné.
En plus des six mois liés à LCI, il a été condamné à trois mois de sursis avec mise à l’épreuve. Un deuxième homme, âgé de 20 ans, a été condamné à la même peine pour les mêmes feux.
Les deux hommes ont été condamnés pour avoir participé à la tentative d’incendie. Ils ont expliqué avoir voulu « bloquer le poste de police », alors qu’il était fermé. Lors de cette journée de mobilisation, la police était clairement ciblée par les manifestants. (©JBM / 76actu)