Châteaux de Gavray (Manche) et de Navarre, abbatiale du Bec (Eure), cathédrale d’Avranches, vieilles maisons de Lisieux (Calvados) : ces chefs-d’œuvre de l’architecture médiévale ou classique ne survivent plus qu’à travers des gravures, des photographies, des textes anciens et parfois de maigres vestiges. Rappel de ces monuments regrettés.
Le château fort de Gavray
Vestiges du château de Gavray (©Wikimedia Commons)
Harcourt, Falaise, Caen, Château-Gaillard, Pirou… : la Normandie entretient encore une parure de châteaux médiévaux. Cependant, la perte de celui de Gavray, dans le département de la Manche, nourrit quelques regrets au regard du commentaire de Jean Froissart, chroniqueur du XIVe siècle : selon lui, c’était « le plus beau chastel de Normandie ».
Méfions-nous néanmoins du sens qu’il donne à l’adjectif « beau ». Dans son esprit, cela peut aussi signifier « redoutable », « imprenable ». Il devait avoir fière allure : son enceinte jalonnée de 6 tours, son donjon quadrangulaire et son entrée protégée par une barbacane, occupaient le sommet d’une colline. Les ducs de Normandie puis le roi de Navarre Charles le Mauvais avaient mis les moyens pour le transformer en verrou du Cotentin.
Depuis son démantèlement au XVIIe siècle, il n’impressionne plus personne. Un parcours de visite permet de déambuler parmi les quelques pans de murs partiellement debout.
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L’église abbatiale du Bec-Hellouin
L’abbatiale Notre-Dame du Bec. A gauche, la tour Saint-Nicolas est encore debout. Détail d’une gravure du XVIIe siècle dans le Monasticon Gallicanum (©Gallica/BNF)
Bien sûr l’abbaye bénédictine du Bec-Hellouin (Eure) existe toujours, mais il lui manque son joyau : l’église.
Cet édifice traduisait dans la pierre la puissance temporelle du monastère (il possédait notamment 25 prieurés en Angleterre) et sa renommée intellectuelle. Autrement dit, les plans étaient grandioses. Reconstruite après l’effondrement de sa tour centrale en 1274, l’église mesurait 125 m de long, soit presque autant que Notre-Dame de Paris !
La Révolution chassa les moines ; l’État récupéra les bâtiments inoccupés, mais ne sut quoi faire de l’église. Faute de nouvelle affectation, elle servit de carrière de pierre dès 1809. Aujourd’hui, il ne reste au sol que les bases des piliers pour se rendre compte de ses dimensions exceptionnelles.
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Les maisons à pan de bois de Lisieux
Façade sculptée d’une maison lexovienne du XVe ou XVIe siècle (©Flickr The commons)
Qui sait que Lisieux était surnommé avant-guerre la capitale du bois sculpté ? Les touristes venaient dans la ville pour visiter les lieux liés à sainte Thérèse, mais aussi pour admirer les vieilles bâtisses à pan de bois : maison Plantefor, logis de la Salamandre, manoir Formeville…
Leur intérêt résidait notamment dans leur façade sculptée de personnages, d’animaux, d’arcs en accolade, d’armoiries…
Ce formidable patrimoine, qui aurait dû faire de Lisieux l’une des plus belles villes de Normandie, partit en fumée en quelques jours. Au soir du 6 juin 1944, les bombes des avions anglo-américains déclenchèrent un incendie incontrôlable. Les flammes se régalèrent des constructions en bois dont il ne reste qu’une poignée de survivantes.
La cathédrale d’Avranches
Avranches au XVIIe siècle. La cathédrale est visible en haut à gauche. Huile sur toile de Charles Fouqué (1841-1919), d’après Nicolas Gravier dit « Papillon ». (©Laurent Ridel)
Comme les pyramides d’Égypte, on pourrait croire les cathédrales indestructibles. Pourtant, la ville d’Avranches a perdu la sienne il y a environ 200 ans. Dommage, c’était l’une des rares cathédrales romanes de France, la plupart étant de style gothique. Construire en granite, elle devait résister à l’usure du temps.
Malheureusement, en 1796, une partie des voûtes s’effondrèrent ; le maire n’arriva pas à trouver les fonds pour la restauration. Le 4 mai 1812, la municipalité se résolut à faire sauter les dernières vestiges imposants : les deux tours de façade.
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À l’emplacement de la cathédrale, vous ne verrez aujourd’hui qu’un square et une place.
Le château de Navarre à Évreux
Le château de Navarre, bâti à Evreux pour le duc de Bouillon. Gravure de 1702. (©Gallica/BNF)
Lorsqu’en 2019, les archéologues sondèrent le terrain sur le tracé de la déviation sud-ouest d’Évreux, ils espéraient tomber sur les vestiges de ce château classique. Malheureusement, le sol ne révéla rien. Il faut donc se contenter des plans et des gravures anciennes pour s’imaginer ce monument qui fut la demeure de Joséphine, ex-femme de Napoléon.
Le château remonte plus loin que l’époque impériale. Il est en fait contemporain du château de Versailles. D’ailleurs, les deux édifices ont partagé le même architecte, Jules-Hardouin Mansart, et probablement le même jardinier, André Le Nôtre. Deux grands noms appelés par le seigneur local, Geoffroy-Maurice de la Tour d’Auvergne, duc de Bouillon et comte d’Évreux.
Pour autant, Joséphine, qui se réfugia à Navarre après son divorce avec Napoléon, ne trouvait pas la construction très belle. Elle le surnommait la « Marmite » en référence au dôme de plomb qui dominait le bâtiment. Il ne fut sûrement pas aussi du goût du propriétaire suivant, le marquis de Dauvet, qui le fit détruire après 1834. Mais que pouvions-nous attendre d’autre chez ce personnage surnommé le « marquis de la ruine » ?