Entre 1430 et 1431, Jeanne d’Arc était à Rouen (Seine-Maritime), où elle est morte. Y a-t-elle été emprisonnée ? C’est la question pas si bête ! (©Wikicommons / Alphaclem)
À Rouen (Seine-Maritime), on trouve un peu partout des traces du passage de Jeanne d’Arc. Et si vous avez déjà fait le trajet entre la gare et le centre-ville avec un habitant, il vous aura sûrement montré le donjon, en vous expliquant que Jeanne y a été incarcérée avant d’être brûlée par les Anglais en 1431. La mairie et l’office de tourisme revendiquent la même affirmation sur leurs sites. Est-ce vrai ?
À l’occasion des Fêtes Jeanne d’Arc qui se sont déroulées samedi 25 mai 2019, nous avons interrogé Réjane Silighini. À la tête de l’Historial Jeanne-d’Arc, elle a rédigé sa thèse de doctorat sur « La Pucelle ».
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« Elle est arrivée à Rouen la veille de Noël 1430 »
76actu : Pourquoi et comment Jeanne d’Arc est-elle arrivée à Rouen ?
Réjane Silighini : Jeanne d’Arc a été capturée en mai 1430 par les Bourguignons, à l’entrée de Compiègne. Rouen était une très grosse ville, tenue par les Anglais, c’était le lieu le plus adéquat pour un procès. Avant d’arriver à Rouen, elle a vécu un vrai périple, pour éviter les Armagnacs. Elle est arrivée à Rouen par le nord la veille de Noël 1430, après être passée de château en château et après beaucoup de négociations.
Où a-t-elle été emprisonnée, à son arrivée ?
Elle a été amenée dans la prison de l’ancien château de Philippe Auguste. Il y avait plusieurs châteaux à Rouen, à cette époque. Rue du Vieux-Palais, les Anglais avaient le leur. Le château de Philippe Auguste était vraiment énorme. C’était un château défensif avec dix tours, des murailles et des remparts reliant chaque tour. Ce n’était pas vraiment une prison, mais il y avait de quoi l’emprisonner, des cellules. C’était logique.
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Jeanne d’Arc, malade, était « aux fers avec le minimum »
A-t-elle été emprisonnée dans la tour qui porte aujourd’hui son nom ?
Non, elle était enfermée dans une autre tour ensuite appelée tour de la Pucelle après son passage. Elle était située au niveau de l’actuel 102 rue Jeanne-d’Arc. Les soubassements en sont encore visibles. La tour Jeanne d’Arc était alors le donjon du château, qui s’appelait la Grosse tour. C’est là qu’il y avait les moyens de torture, utilisés lors des interrogatoires. Jeanne y a été amenée une fois, mais n’a jamais été torturée.
Dans quelles conditions s’est déroulée la détention de Jeanne d’Arc ?
Elle était enfermée dans une cellule, avec des gardes à l’intérieur. Pendant une partie de sa détention, elle a été malade à cause du froid et de l’humidité du lieu. Elle n’était pas une princesse et n’avait pas le droit à tout comme les nobles à la Bastille. Elle était aux fers avec le minimum. Les Anglais craignaient qu’elle s’en échappe, donc elle n’est quasiment jamais sortie du château, entre son arrivée et sa mort le 31 mai 1431.
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« Elle a été très instrumentalisée par les politiques »
Elle n’a donc pas vu grand chose de Rouen durant les cinq mois de sa détention ?
Pour les Anglais, il fallait qu’elle meure et qu’elle ne s’échappe pas. Elle n’est sortie que le 24 mai pour aller abjurer à Saint-Ouen après le procès de janvier où elle n’était pas et les interrogatoires de février faits dans sa cellule, alors qu’elle était malade. À son retour de l’abjuration, elle a remis les habits d’homme dont elle devait se défaire. C’est pourquoi elle a été condamnée au bûcher.
À tort, on pense qu’elle est venue à l’Historial, alors salon de l’officialité de l’archevêché, pour être jugée. Mais elle était absente, un messager lui a été envoyé pour qu’elle connaisse sa sentence. C’est comme la place de la Pucelle, nommée ainsi car on pensait que le bûcher y avait eu lieu, avant qu’on découvre que c’était place du Vieux-Marché. Il y avait même une fontaine commémorative (bâtie au XVIe siècle et détruite par les bombes alliées en 1944, NDLR).
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Pourquoi croit-on qu’elle a été enfermée dans la tour à son nom ? Pourquoi l’avoir appelée ainsi ?
Si la tour a été renommée ainsi, c’est en partie car c’est le dernier vestige de son passage. Le château a été démantelé au XVIe siècle, sauf cette tour. Mal en point, elle a été sauvé au début du XIXe siècle et a été restaurée par Viollet-le-Duc, qui lui a donné l’allure actuelle, qu’elle n’avait pas du tout à l’époque.
Elle s’appelle ainsi depuis cette période, quand Jeanne d’Arc a connu un engouement autour de sa vie. Elle a été réutilisée et très instrumentalisée par les politiques et elle est devenue un argument marketing. De 1896 à 1931, il y avait un musée Jeanne d’Arc dans la tour. C’est comme les fêtes Jeanne d’Arc. À Rouen, on a toujours cherché à rendre hommage à Jeanne d’Arc et on a toujours trouvé que ce n’était pas assez bien.
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Tour Jeanne-d’Arc
Rue du Donjon, Rouen ;
Visites gratuites et libres jusqu’au 30 juin 2019 : de 14h à 17h, du mercredi au dimanche.
Historial Jeanne-d’Arc
7 rue Saint-Romain, Rouen ;
Ouvert du mardi au vendredi de 11h à 19h, samedi et dimanche de 10h à 19h.
Tarif plein : 10,50 euros, détail sur le site.