La sculpture de Fabien Mérelle ne reviendra pas au Havre. (©Philippe Bréard-VDH.)
Déception pour l’artiste Fabien Mérelle qui a appris, il y a seulement quelques semaines, que sa sculpture À l’origine ne serait finalement pas achetée par la Ville. Installée quai Augustin-Normand, dans le cadre d’Un été au Havre (Seine-Maritime) 2018, elle avait séduit les Havrais qui espéraient que l’œuvre devienne pérenne.
Même si les études techniques permettaient d’envisager une installation définitive, la silhouette de l’éléphant ne viendra plus hanter la digue : la pièce, malgré le succès qu’elle a rencontré, ne sera pas pérennisée. L’artiste se dit « déçu et surpris ».
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Deux œuvres en interaction
D’Un été au Havre 2017, demeurent Impact de Stéphane Thidet ou encore Catène de containers de Vincent Ganivet… des œuvres monumentales et urbaines qui ont marqué les 500 ans du Havre. En 2018, Fabien Mérelle était à l’honneur : choisi par Jean Blaise, l’artiste avait réalisé deux sculptures qui dialoguaient l’une avec l’autre.
À l’origine représentait un homme portant un éléphant sur ses épaules, métaphore du poids des religions : elle était installée au bout de la digue Augustin-Normand. À quelques brasses de là s’élève Jusqu’au bout du monde, figurant un père portant sa fille, le regard tourné vers la mer, les horizons multiples et cultures diverses.
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Conçues pour toutes deux dialoguer, les deux sculptures retraçaient le parcours intime et personnel de l’artiste, son combat contre les préjugés, les religions pour l’amour d’une femme. Réunies le temps d’Un été au Havre, ces deux œuvres ne se croiseront plus.
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Surprise et déception
La Ville a décidé de ne pas pérenniser À l’origine.
Nous avions la volonté de garder « À l’origine », car cette œuvre a rencontré un formidable succès. C’est d’ailleurs pourquoi nous avions lancé une série d’études pour tester sa résistance au climat normand, mais nous avons été contraints de faire des choix. « À l’origine » ne sera donc pas pérennisée au Havre, déclare Jean Blaise, directeur artistique d’Un été au Havre.
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Fabien Mérelle a appris la nouvelle, « il y a deux semaines » :
Je suis déçu et surpris. Évidemment, on ne se disait pas que c’était acquis, mais l’offre d’achat avait été acceptée. Puis, j’ai reçu un mail, indiquant que ce n’était plus possible. Cela a été toute une épopée de faire venir cette sculpture depuis l’Asie. Dès le début, on nous avait parlé de pérennisation. On a fait ça, ce long voyage, car on pensait qu’elle allait rester, explique l’artiste.
S’il ne s’estime pas « floué » et se dit « reconnaissant à l’égard de la Ville » pour la chance qu’elle lui a donnée, Fabien Mérelle ne cache pas sa déception… voire son amertume.
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Étude technique probante
Si l’artiste comprend que la direction artistique soit amenée à faire des choix, il s’étonne du silence de Jean Blaise :
Je n’ai eu aucun retour de Jean Blaise. J’éprouve une petite amertume. Le seul argument avancé est que la direction artistique souhaitait présenter une nouvelle œuvre. Je comprends que des choix aient été faits, mais on nous a fait penser que cette pérennisation était possible et, puis, intervient le refus, s’étonne Fabien Mérelle.
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Si l’étude technique s’est avérée probante et que rien ne s’opposait à la pérennisation de la sculpture, il a été décidé de renoncer au retour d’À l’origine :
Nous avons orienté le budget alloué vers de nouvelles œuvres pour l’édition 2019. De plus, cette œuvre n’était pas unique (c’est le prêt d’une œuvre qui existe en plusieurs exemplaires en Asie). Enfin, elle n’avait pas été spécifiquement conçue par l’artiste pour Le Havre, contrairement à « Jusqu’au bout du monde » et à la plupart des œuvres pérennes d’Un Été Au Havre, justifie Jean Blaise.
Une rétractation soudaine qui étonne… « Ce qu’on ne comprend pas, c’est ce revirement. Cette volte-face nous échappe. Tout ça est instructif : j’apprends beaucoup de choses, même si je n’ai saisi tous les tenants et les aboutissants. J’avais envie que l’œuvre reste car c’était dans son histoire, dans son ADN d’être au Havre », insiste Fabien Mérelle.
Une collaboration avec le Volcan
L’artiste se félicite d’avoir été choisi pour Un été au Havre, mais il regrette que les deux sculptures envisagées et disposées pour dialoguer soient séparées.
Une pièce est faite de son vécu. Elle ira ailleurs et vivra autre chose. C’est la vie d’une œuvre !
À l‘origine avait survécu aux tempêtes, au vandalisme… elle semblait attachée à ce port qu’elle avait mis tant de temps à gagner (la pièce avait été déchargée dans un autre port, avant d’arriver, avec du retard sur le calendrier au Havre).
J’ai eu une chance incroyable de vivre cette aventure. Maintenant débute une autre histoire avec Le Havre, l’association Des lits solidaires (qui accueille des mineurs isolés) et le Volcan. Se dessine une nouvelle aventure culturelle. Je jouerai le passeur pour offrir la possibilité aux jeunes de raconter, à travers l’art, leur histoire, leur parcours, précise Fabien Mérelle.
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S’il s’estime redevable envers la Ville du Havre, il se déclare aussi désormais plus aguerri pour défendre son travail et le présenter. « J’ai beaucoup appris. Désormais, je réponds à des projets pour des sculptures monumentales et poursuis l’histoire débutée ici. »
Fin mai 2019, l’artiste exposera à Anvers, puis à Shangaï, continuant d’écrire son aventure artistique au-delà des frontières.