Entre 2 000 et 3 000 manifestants, Gilets jaunes et syndicats, ont défilé mercredi 1er mai 2019 dans les rues de Rouen (Seine-Maritime). (©SL / 76actu)
« Il nous faut l’union sacrée », clamait mercredi 1er mai 2019 un syndicaliste marchant près des Gilets jaunes. Ils étaient entre 2 000 et 3 000, toutes couleurs confondues, à défiler dans les rues de Rouen (Seine-Maritime) le matin. Un cortège uni, jusque dans les prises de parole de fin de manifestation, appelant à poursuivre cette convergence. Dans l’après-midi, un second cortège ne réunissant que 200 Gilets jaunes a fait un flop.
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Une mobilisation importante, similaire aux derniers cortèges
Rouen n’est pas Paris : la matinée de manifestation s’est déroulée dans le calme. En tête de cortège, point d’habits noirs mais une cohorte de 500 à 600 Gilets jaunes, qui ont ouvert la marche.
Suivis par la CGT, Sud Solidaires et le PCF, ils ont pu déambuler sur une boucle partant du cours Clemenceau pour y revenir, après un passage dans le centre. Les manifestants ont suivi le parcours négocié entre syndicats et préfecture, bien plus court que lors des habituels manifestations syndicales terminant avenue Pasteur.
Manif #1erMai2019 à #Rouen : premier décompte à 10h45. Je compte 2000 manifestants, dont 500 #GiletsJaunes en tête. Chiffre @76actu fiable. pic.twitter.com/1GIsGBOfEr
— simon louvet (@LouvetSimon) 1 mai 2019
Nous avons décompté 2 000 manifestants, la police 2 500 et la CGT en a annoncé 3 000. Une mobilisation plus ou moins similaire à celles des deux dernières journées communes, le 5 février et le 19 mars. Ailleurs dans le département, 300 personnes ont manifesté à Elbeuf, 800 à Dieppe et 2 500 au Havre, le tout selon la CGT (ils étaient respectivement 180, 300 et 1 500 selon la police).
Unis contre les « réponses insignifiantes » d’Emmanuel Macron
« C’est prometteur », jugeait un gilet jaune de la première heure en fin de défilé. Lors des prises de parole de la fin de matinée, François Boulo a appelé « à établir le rapport de force en étant des millions dans les rues ». Pour le porte-parole des Gilets jaunes de Rouen, c’est le seul moyen pour éviter « la réponse policière et judiciaire du gouvernement », seule réponse apportée selon l’avocat aux revendications des manifestants. Il explique :
Ne nous opposons pas aux forces de l’ordre, ils sont pris en otage. Le gouvernement est seul responsable. Pour lui, jaunes contre bleus c’est un match de foot, ça ne servira à rien. Nous ne voulons pas tuer un policier ou un gendarme, nous les voulons avec nous.
Dire que Gilets jaunes et syndicats n’ont pas été convaincus par les annonces d’Emmanuel Macron serait un euphémisme. « Insignifiantes » pour François Boulo, qui réclame toujours des taxes sur les plus riches, « pour que l’argent profite à tous ».
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Avant lui, le délégué local de la CGT dénonçait « un discours qui ne changera pas la vie des plus faibles ». Andy Barré a souligné « les millions accumulés en 48 heures pour une office religieuse », démontrant « tout l’argent qu’il y a dans notre pays » et appelant à « mettre le curseur du côté de l’humain ».
Manif #1erMai à #Rouen : François @BouloGiletJaune appelle les #GiletsJaunes à ne pas s'opposer aux forces de l'ordre. "Le gouvernement ne répond que par la répression", appuie-t-il. "Nous ne voulons pas de policiers tués." pic.twitter.com/ldZPM3h6NY
— simon louvet (@LouvetSimon) May 1, 2019
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Rassemblés pour « défendre les libertés », « un meilleur pouvoir d’achat » et « des services publics en meilleure santé », les manifestants se sont quittés satisfaits de l’union affichée. Le rendez-vous est déjà donné pour le jeudi 9 mai, jour de mobilisation de la fonction publique.
« J’espère qu’on sera très nombreux pour la grève, pour bloquer le pays », a harangué Marie-Hélène Duverger, de Sud Solidaires, appelant à la grève illimitée. Le dernier appel à une telle grève datait du mardi 5 février, et n’avait pas pris au-delà de la journée d’action.
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Un passage en petit nombre sur les quais, pour les 24 heures
Si la manifestation matinale s’est bien passée, car encadrée par les syndicats et grâce aux Gilets jaunes qui ont joué le jeu, le ton était différent l’après-midi. Quelques Gilets jaunes, environ 200 au départ, ont manifesté près du centre-ville interdit d’accès par arrêté préfectoral, à l’inverse du matin. Le jeu mené chaque samedi, c’est-à-dire longer le périmètre interdit pour titiller les forces de l’ordre qui barrent l’accès, a repris vers 14h30.
Il n’a pas duré longtemps : à 15 heures, ils ont décidé après des désaccords de descendre sur les quais bas de la rive gauche, où les spectateurs des 24 heures motonautiques regardaient la course. C’est pour ne pas gêner le bon déroulement de la compétition que les leaders des Gilets jaunes ne s’étaient pas associés à l’appel de l’après-midi. Après avoir pris de court les policiers pendant quelques minutes, les 80 manifestants restants ont été bloqués sur les quais bas. Malgré des négociations ouvertes par la police, ils n’ont pas accepté d’en partir.
Manif #1erMai bis à #Rouen : un commissaire vient négocier avec les #GiletsJaunes pour qu’ils partent. Eux veulent parler au micro, car « ils sont populaires ». Le policier rétorque qu’ils ne sont « que 80 sur 500K habitants dans l’agglo » et qu’ils inquiètent « familles et enfants ». pic.twitter.com/50nW6tXMFL
— simon louvet (@LouvetSimon) 1 mai 2019
Les spectateurs de la course, bien plus nombreux, sont restés indifférents aux appels des Gilets jaunes à les rejoindre. Ils ont préféré applaudir l’arrivée du bateau numéro 35, vainqueur de la course. « 35, comme la moitié des heures que je fais », a soupiré un artisan en jaune. Il fallait bien y voir un symbole. L’autre symbole de cette journée, c’est la dépendance des Gilets jaunes envers les autres contestataires de la vie rouennaise. Samedi 4 mai, ils retourneront sur les ronds-points, cinq mois après les premiers défilés dans le centre-ville.
Manif #1erMai bis à #Rouen : les #GiletsJaunes obtiennent plus d'attention lorsqu'ils chantent. Les smartphones se détournent de la #Seine pour filmer les GJ, avant d'y retourner. pic.twitter.com/LcBP9Q0g1y
— simon louvet (@LouvetSimon) May 1, 2019