Frédéric Sanchez, « autocrate » ? Le président de la Métropole de Rouen critiqué de toutes parts

Frédéric Sanchez, « autocrate » ? Le président de la Métropole de Rouen critiqué de toutes parts

Frédéric Sanchez n'est pas sans ignorer les critique à son encontre, mais estime travailler en concertation avec les maires. La preuve avec le large vote, "unique en France" concernant le plan local d'urbanisme intercommunal, jeudi 28 février 2018.

Frédéric Sanchez estime travailler en concertation avec les maires. La preuve avec le large vote, « unique en France », concernant le plan local d’urbanisme intercommunal, jeudi 28 février 2019. (©RT / 76actu )

C’est une fin de mandat qui risque d’être marquée par le ressentiment de certains maire vis-à-vis du président de la Métropole de Rouen. Frédéric Sanchez (PS) se prend quelques uppercuts sur le ring de la gouvernance. Des attaques venant de ses adversaires, mais chose plus surprenante, provenant également de ses alliés politiques. Des élus de droite et gauche critiquent sa « gestion autocratique ». Frédéric Sanchez réfute ces « attaques personnelles » et met en avant le travail abattu.

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Courrier envoyé au 71 maires

Les langues ont commencé à se délier avec la réception d’un courrier signé de la main du président. Dans cette lettre envoyée le 9 janvier 2019, que nous nous sommes procurée, l’ancien professeur de philosophie sollicite un entretien avec chacun des maires qui constituent l’instance supra-communale. « J’ai la conviction qu’il nous appartient dès maintenant, sans esprit partisan d’approfondir la préparation des projets de la prochaine décennie », écrit le maire du Petit-Quevilly.

Une main tendue que quelques élus ont décidé de lui renvoyer en pleine figure. Le maire centriste de Bihorel, a fait savoir qu’il ne souhaitait pas « approfondir » davantage avec Frédéric Sanchez. Pour s’en expliquer, Pascal Houbron dit constater « un déficit démocratique dans cette mandature », évoquant des projets imposés sans concertation.

Son collègue de droite, Gilbert Renard, n’a pas non plus l’intention de recevoir le président Sanchez. Le maire de Bois-Guillaume regrette un déficit de confiance et dénonce un manque de transparence. 

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« Il m’aurait fait ça dans ma ville, j’aurai pété un câble »

Un sentiment cristallisé par l’affaire de la passerelle de Rouen. « Il m’aurait fait ça dans ma ville, j’aurai pété un câble », hallucine encore une élue socialiste de la Métropole. Pour Pascal Houbron, cet exemple de la passerelle est « révélateur d’une méthode qui consiste à vouloir imposer votre point de vue au maire ». Yvon Robert avait dû mettre un stop aux velléités de Sanchez. « Il est allé trop loin », avait confié à 76actu le maire de la capitale normande. Yvon Robert qui concède volontiers qu’il est « difficile de travailler » avec son camarade socialiste, estimant que Frédéric Sanchez « a changé depuis qu’il est devenu président de la Métropole », en 2015.

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« Il y a des sujets qui ont manqué de concertation. Souvent, on s’est retrouvé devant le fait accompli. Ça m’est arrivé de me retrouver dans une réunion où mon interlocuteur me signifiait que Frédéric Sanchez avait déjà acté le projet et je n’étais même pas au courant », se souvient cette élue socialiste qui préfère conserver l’anonymat. Selon elle, « c’est l’accumulation de ces petites choses qui a donné à Sanchez cette réputation ». Cependant, cette élue PS se veut indulgente lorsqu’elle regarde le chemin parcouru :

Créer la Métropole en 2015 n’a pas été une mince affaire. C’était un défi. La façon de faire n’a pas toujours été habile, mais en fin de compte, ça fonctionne.

« Il y a une forte cohésion »

Malgré ces attaques aiguisées, cette élue de l’agglo rouennaise souhaite mettre au crédit de l’énarque de la rive gauche le vote du plan local d’urbanisme intercommunal (PLUI), jeudi 28 février 2019. « Le PLUI, c’était un sacré défi. »

C’est d’ailleurs sur ce vote que s’appuie Frédéric Sanchez pour illustrer le « climat constructif » qui règne à la Métropole : « La délibération sur le PLUI, votée avec une telle majorité, c’est unique en France. C’est un immense progrès de gérer l’urbanisme à l’échelle du bassin de vie. » 

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Mais ce proche de Laurent Fabius n’ignore pas les « attaques personnelles » à son encontre. « Je regrette quand la politique glisse sur ce terrain. Je suis un être humain, comme tout le monde j’ai ma sensibilité. » Mais il les réfute en bloc :

Il y a une forte cohésion des élus et j’ai la faiblesse de penser que c’est lié à ma méthode, parce qu’un vote comme celui de ce soir [jeudi 28 février, ndlr], vient de loin.

Le prochain président « attendu au tournant »

Le locataire du 108 met en avant « tout ce qui a été réalisé » depuis la création de la Métropole, avec « le transfert de nombreuses compétences« . « Sur ce mandat, on est a un taux d’unanimité qui dépasse les 90 %. Si je fonctionnais de façon caporaliste, ça se traduirait différemment », argumente Frédéric Sanchez.

Les élections municipales, et par voie de conséquence du président de la Métropole, interviendront au printemps 2020. Si personne ne peut prédire la couleur politique qui dominera l’assemblée intercommunale, une élue pressent : « Le prochain président aura une sacrée pression sur les épaules concernant la question de la gouvernance. Il sera attendu au tournant. »

76actu

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