Pendant l’acte XI des Gilets jaunes, samedi 26 janvier 2019 à Rouen (Seine-Maritime), des « street médic » ont prodigué les premiers soins aux personnes blessées. Comme chaque samedi depuis le 29 décembre 2018. (©SL / 76actu)
Au départ, ils étaient juste des Gilets jaunes. Puis, au fil des actes où les affrontements devenaient de plus en plus dur avec les forces de l’ordre, ils ont voulu se rendre utile. Samedi 26 janvier 2019, toute la journée, une dizaine de « street médic » a suivi le cortège et les heurts de l’acte XI, à Rouen (Seine-Maritime). Trois sont venus de Fécamp avec leur matériel de soin, pour répondre aux premières urgences, légères samedi.
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« Quand ça chauffe, on va au plus près »
« J’ai décidé d’aider, ça me permet de me canaliser et de ne pas péter un câble », explique Victor* sans tabou, juste avant d’aller au point de rassemblement des Gilets jaunes, à l’hôtel de ville à 10h. Militant depuis le début du mouvement, il s’est décidé à être médic après l’acte V, vécu à Paris, où il a vu « des choses dingues, des blessures graves ». Il officie chaque samedi à Rouen depuis le 29 décembre.
Le menuisier de 28 ans est venu de Fécamp avec deux amis qui complètent l’équipe de choc des street médic. Guillaume et Flam, 33 et 37 ans, l’épaulent. L’un est DJ, l’autre est un pompier volontaire qui travaille dans la sécurité incendie. Tous les trois ont une formation en premiers secours, qu’ils mettent en application. « On est des bénévoles, quand ça chauffe on va au plus près pour prendre les gens en charge », détaille Guillaume.
Dans les sacs : sérum, compresses et bandages
Grâce à leurs tee-shirts blancs marqués d’une croix bleue et rouge, ils sont facilement identifiables. Sur la route du point de convergence du matin, ils ont été fouillés par la police. Dans les sacs plein à craquer : sérum physiologique contre les lacrymogènes, compresses et bandages pour les plaies.
« Parfois, les forces de l’ordre nous retirent les casques ou le sérum, c’est inadmissible », vitupère Guillaume. Ça ne sera pas le cas ce samedi, contrairement à leurs confrères de Caen (Calvados). Si les relations peuvent être tendues avec la police, c’est que ce qu’ils font n’a rien d’officiel : « Certains se servent de ce statut pour venir sur les manifs avec des casques et ensuite aller à l’affrontement », affirme une source policière.
Ce n’est pas le cas de Guillaume, Victor et Flam. Comme les pompiers n’interviennent pas avant d’être en zone sécurisée, les Fécampois sont les premiers à s’occuper d’un blessé, « peu importe s’il est gilet jaune ou policier », assurent-ils. Ils sont en relation avec des secouristes « issus de la Croix-Rouge » qui restent à des points fixes pour « faire le pont avec les pompiers ».
#ActeXI des #GiletsJaunes à #Rouen : medic et secouristes se coordonnent pour être au bon endroit. Le cortège est dispersé, nombreux petits groupes. pic.twitter.com/0hkNzLs6NY
— simon louvet (@LouvetSimon) 26 janvier 2019
Avant les premières lacrymogènes tirées à 14h rue Jean-Lecanuet, le trio est resté à la marge du cortège, sur les côtés. Ils n’ont enfilé leurs casques qu’au moment où des vitrines ont été brisées : « C’est parti ! »
Après les premières grenades lacrymogènes, Guillaume dégaine et distribue du sérum physiologique aux manifestants incommodés par le gaz lacrymogène. (©SL / 76actu)
« Médic ! Il nous faut un médic ! »
Quand le gaz a répondu aux projectiles, ils ont commencé à distribuer leur sérum. « C’est environ 120 dosettes par acte », calcule Victor qui a chez lui « de quoi tenir cinq actes ». Ils s’arrangent avec des connaissances pour se fournir le fameux sérum. Et des manifestants leur en donnent des boîtes pleines. Même s’ils sont en faveur du mouvement, les street médic peuvent être pris entre deux feux : « On est au milieu, ça vole au-dessus de nous. »
Au milieu des gaz lacrymogènes mais sur le côté de la route, Flam garde un oeil sur les heurts en cours à quelques mètres. Sa GoPro est allumée dès qu’il y a du grabuge. (©SL / 76actu)
Ça vole aussi en dessous, comme rue Jeanne d’Arc, après un tir de lanceur de balle de défense (LBD) qui touche la jambe d’un manifestant. Ses compères hurlent au milieu des gaz : « Médic ! Il nous faut un médic ! » Flam se précipite sur le jeune homme, extrait pour être installé à l’écart des heurts. Pour calmer la douleur, Victor applique une mousse sur l’hématome : « Pas de fracture. Ça va piquer, ce sera bleu. » Blessure légère.
VIDÉO. Un jeune homme blessé à la jambe est pris en charge par les street médic :
#ActeXI des #GiletsJaunes à #Rouen : un jeune homme est blessé à la jambe. LBD, affirme-t-il. Plutôt palet de lacrymo, de ce que j’ai vu. Les street medic le prennent en charge. pic.twitter.com/UkllIYG7Q4
— simon louvet (@LouvetSimon) 26 janvier 2019
Les street médic en ont vu d’autres, notamment à l’acte X : « Un mec a été blessé au rein avec un LBD », raconte Victor, photo à l’appui. Ils l’ont pris en charge et d’après le jeune homme, « il risque de perdre cet organe ».
Cinq blessés pris en charge par les pompiers
Samedi, il n’y a pas eu de blessé grave. Les trois secouristes amateurs ont agi sur de petites écorchures, ou en aide à un vieil homme tombé à côté de laquelle la police venait de tirer du gaz sans lui prêter attention. Si du point de vue d’une source judiciaire, la journée a été « hyper-violente », les interventions pour des blessures ont été limitées. Au total, cinq personnes ont été emmenées par les pompiers, dont un policier frappé.
Il y a aussi eu un homme blessé sur le haut du crâne qui s’est fait soigner, avec un autre victime d’une foulure du poignet, dans une pharmacie de la place du Vieux-Marché. Victor, Guillaume et Flam ne sont pas toujours là où des heurts éclatent, tant le cortège est disparate et mobile. Mais ils sont satisfaits de pouvoir « être utiles ». Ils sont partis vers 16h30, direction Fécamp : il fallait être à l’heure pour la garde de Flam chez les pompiers.
* Le prénom a été changé à la demande de l’intéressé.