Gérard, ancien ouvrier de Renault Cléon, préfère tenir le rond-point des Vaches de Saint-Étienne-du-Rouvray, lors des manifestations qui ont lieu le samedi. (©RT/76actu)
Ils ont fêté leurs deux mois de mobilisation, dimanche 20 janvier 2019, là où tout à commencé pour eux. Sur le rond-point des Vaches, situé à Saint-Étienne-du-Rouvray, dans l’agglo de Rouen (Seine-Maritime). L’endroit est devenu « une institution connue dans toute la France et même au-delà », se targue Pascal, Gilet jaune de 59 ans, en préretraite. Rares sont les giratoires encore occupés par les militants au chasuble fluo. Celui-ci l’est, depuis le premier jour.
« J’étais de gauche, mais c’est fini »
À la veille de l’acte XI, le froid mord la peau. Les quelques dizaines de Gilets jaunes se réchauffent grâce aux feux, presque constamment alimentés grâce à la générosité d’entreprises du coin ou d’automobilistes faisant une halte avant de se rendre en déchetterie. « Je préfère être ici que chez moi, à ne rien faire. On s’est fait des amis », apprécie Pascal.
Parmi eux, il y a notamment Gérard, 71 ans, un ancien ouvrier de Renault Cléon. « J’ai été délégué CGT. J’étais de gauche, mais c’est fini. » Avec sa pelle en main, il nettoie et alimente le brasier. Lui ne se rendra pas à la manifestation, samedi 26 janvier, préférant rester à son poste pour défendre son bastion :
Si on ne garde pas ce rond-point, tout est mort.
Tous ici demandent le rétablissement de l’impôt sur la fortune et la mise en place du Référendum d’initiative citoyenne (RIC), « le reste, c’est à négocier », consent Pascal.
« On est tous dans le merde »
Angel, 36 ans, prend le café après avoir nettoyé les abords du rond-point des Vaches. Elle n’est pas une Gilet jaune de la première heure. Elle s’est investie pour la première fois « le soir de Noël ». (©RT/76actu)
De « nombreuses femmes, infirmières, assistantes de vie scolaire ou secrétaire », occupent les lieux, ainsi « que des retraités et chômeurs », constate Angel, assistante maternelle de 36 ans. Cette mère divorcée de trois enfants a pris son temps avant de s’investir. Sympathisante depuis le début, elle a passé le pas « le soir de Noël » :
Je voulais me faire ma propre idée. Quand on arrive ici, on se rend compte qu’on est tous dans la merde.
Pour cette trentenaire, si la flamme de la contestation est toujours intacte sur ce carrefour, cela est dû à la position stratégique du rond-point des Vaches : un lieu « accessible » où de nombreuses routes convergent.
À ses côtés, Frédérique prend le temps de venir prendre des nouvelles de ses nouveaux « amis ». Elle a bien conscience que le rond-point des Vaches est « devenu un symbole ». Cette ancienne sans domicile fixe occupe maintenant un appartement à Oissel. Après deux mois et demi de lutte, cette femme de 53 ans, de « sensibilité de gauche » veut « que ça aboutisse » :
Ce qui me fera céder ? La fin de ce système perverti et l’arrivée de la VIe République. Il faut qu’on instaure une consultation du peuple de façon plus régulière.
En attendant, ces Gilets jaunes consacrent leur temps libre à l’occupation de leur « institution ». « On se réunit, on se remotive ici. Les gens viennent de partout. Des routiers s’arrêtent pour discuter », décrit Pascal. Les dernières discussions en vogues font la part belle au grand débat national lancé par le président Emmanuel Macron à Bourgtheroulde (Eure). « Je lui raconterais bien ma vie, au président », invite Frédérique.
L’initiative d’Ingrid Levavasseur de créer une liste aux élections européennes est également au centre des conversations. « Elle, je sens qu’elle va… Elle prend le RIC pour son profit », dénonce Gérard. À coup sûr, ces irréductibles n’ont pas fini de commenter les rebondissements de leur propre actualité sur ce « carrefour de la colère ».
• PHOTOS. Les Gilets jaunes encore mobilisés sur le rond-point des Vaches :



